Violet (Elle Fanning) et Finch (Justice Smith) doivent surmonter leurs difficultés psychologiques pour apprendre à s'aimer.

Tous nos jours parfaits sur Netflix: Le pouvoir de s’aimer

Tous nos jours parfaits (All the Bright Places) est le film dont tous les ados parlent en ce moment. Selon ma fille de 15 ans, le roman à succès de Jennifer Niven (2015) est bien meilleur. Mais on va se contenter de la version cinématographique, diffusée depuis peu sur Netflix. On peut comprendre le buzz : la comédie sentimentale, endossée par deux acteurs sensationnels, a l’audace de traiter des émois amoureux sous l’angle de la santé mentale. Sans révolutionner le genre, le long métrage de Brett Haley aborde avec sincérité et compassion ses thèmes porteurs.

Le récit s’ouvre sur une rencontre singulière : Violet (Elle Fanning) se tient en équilibre sur le rebord d’un pont, contemplant l’idée d’un possible saut, lorsque Finch (Justice Smith) arrive en joggant.

Ils se connaissent de vue, finissants à la même école secondaire. La jeune fille déprime depuis la mort récente de sa sœur ainée et meilleure amie dans un accident d’auto. Lorsqu’il monte à son tour sur le parapet, le duo crée un lien implicite.

Car sous sa désinvolture volubile et son charme, le jeune homme dissimule ses cicatrices, extérieures et intérieures. Sa chambre remplie de Post-it multicolores bien ordonnés, son impulsivité et ses (brefs) moments d’absence laissent supposer une personnalité maniaco-dépressive… Pas pour rien que les autres élèves le surnomment le tordu (the freak).

Tous les jours parfaits suit le schéma classique : elle est aussi introvertie qu’il est extraverti, ils viennent de familles et classes sociales bien différentes, mais on sait bien qu’ils vont ressentir une attirance mutuelle de plus en plus forte.

Mais ce n’est pas la destination qui nous importe ici, mais le voyage, réel et métaphorique. Pour un travail de fin d’année, la paire doit découvrir des lieux emblématiques de l’Indiana, l’État qu’ils habitent. L’exercice devient thérapeutique pour Violet, incapable de grimper dans une auto depuis le décès de sa sœur. Mais il leur révèle aussi qu’ils peuvent trouver des endroits lumineux (les bright places du titre anglais) partout, même dans la noirceur.

Parce que Violet et Finch traversent des heures sombres — une situation traitée avec humour : la paire introspective s’échange des citations de Virginia Woolf (auteure pas très hop la vie s’il en est une). Mais dansent aussi frénétiquement dans les champs.

Peu à peu, la jeune fille repliée sur elle-même va éclore. Mais lui éprouve des difficultés à se métamorphoser…

On peut évidemment reprocher à Brett Haley de traiter le deuil, la résilience, les peurs et angoisses propres à l’adolescence ainsi que la maladie mentale avec un peu trop de légèreté. Peut-être. Mais Tous les jours parfaits va atteindre directement le centre de son public cible — et le cœur des éternels romantiques.

Ils sont beaux ensemble, leur amour est touchant et les épisodes larmoyants de circonstance, pas gratuits. Le style délicat d’Haley (Hearts Beat Loud) aide, mais les performances de Fanning et Smith permettent au long métrage de s’élever au-dessus de la mêlée des films du genre et de l’aspect mélo.

Malgré son jeune âge, Fanning compte sur une longue feuille de route auprès de Sofia Coppola, Iñárritu, Winding Refn, Mélanie Laurent… Sans surprise, elle interprète toutes les gammes de sa partition sans fausse note, du mal de vivre jusqu’à la joie pure.

À l’inverse, Justice Smith débute et il s’avère une véritable révélation, en raison de son charisme et de sa vulnérabilité. Un acteur à suivre, nul doute.

Si vous avez des ados à la maison, ils ne voudront probablement pas écouter Tous les jours parfaits avec vous (mon fils ne voudra certainement pas le voir, point). C’est normal. Mais il peut se servir de base à une bonne discussion.

Après le magnifique et lumineux plan final, je me suis mis à entendre en boucle Si fragile de Luc De Larochellière dans ma tête...