La rencontre de Clément (Yoann Zimmer), le frère de Mathis, son ancienne flamme, va raviver bien des souvenirs chez Salomé (Salomé Richard).

«Rêves de jeunesse»: la perte des illusions ***

CRITIQUE / La prémisse de «Rêves de jeunesse» porte de belles promesses, qui ne se réalisent qu’en partie. Le drame d’Alain Raoust s’attarde au destin d’une jeune femme désorientée qui se retrouve confrontée, de façon fortuite, à ses aspirations adolescentes de changer le monde et à la désillusion de ses ainés.

L’ouverture originale, et forte, de ce troisième long métrage était porteuse : dans un appartement surchargé où de la techno joue à fond la caisse, tous se dandinent en regardant leurs cellulaires. Salomé (Salomé Richard) remplace la musique par du rock alternatif et enfile un costume de taupe pour danser avec sa sœur…

Mais dès le lendemain de veille, Raoust retourne à une mise en scène plus narrative et convenue. Son héroïne se dirige vers un village du sud de la France où elle a demeuré un moment, il y a dix ans, pour travailler à l’écocentre.

Coincée sur place, dans la chaleur implacable du mois d’août, et désœuvrée, Salomé trompe son ennui en consultant les livres militants abandonnés par son prédécesseur. Un soir, elle reconnaît Clément (Yoann Zimmer), le frère de Mathis, son ancienne flamme. Le lendemain, il lui apprend que ce dernier est décédé tragiquement il y a peu et qu’elle occupe son emploi…

Pendant qu’elle se débat avec la tragique nouvelle, la jeune femme doit aussi composer avec Jessica (Estelle Mayer). L’excentrique participante à une télé-réalité survivaliste qui s’est perdue et squatte les lieux. Le personnage est exaspérant; ses répliques, truffées d’argot branché, sont plaquées… Mais derrière sa superficialité se cache une rêveuse sensible.

Le long métrage joue évidemment de l’opposition entre l’extravertie et l’introvertie, tout en poursuivant la relation trouble de Salomé et du réaliste Clément, avec une caméra de proximité, souvent en gros plan.

Dans les deux cas, Alain Raoust explore ce qu’il reste de leurs rêves de jeunesse, avec en corollaire les déceptions d’un retraité, sauvé après une pathétique tentative de suicide, et celles de la mère de Mathis, que le deuil a rendu amère.

Drame qui emprunte au western (comme La cage, 2002) et à la comédie absurde, entre autres, Rêves de jeunesse se débat avec un rythme lent et le mutisme de Salomé, personnage qui ne suscite guère l’adhésion.

Ce film indolent qui suinte le pessimisme, le désabusement et les difficultés de communication se termine, heureusement, sur une note d’espoir, même s’il agit d’un éternel recommencement.

Reste qu’elles sont nombreuses les propositions sur les utopies des boomers, jamais concrétisées (évidemment), et le poids de ceux qui se retrouvent avec les morceaux épars d’un monde à réinventer.

Rêves de jeunesse ne se distingue pas outre mesure.

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Au générique

Cote : ***

Titre : Rêves de jeunesse

Genre : Drame

Réalisateur : Alain Raoust

Acteurs : Salomé Richard, Yoann Zimmer, Estelle Meyer

Classement : Général

Durée : 1h32

On aime : une certaine originalité stylistique. La volonté de sortir des sentiers battus.

On n’aime pas : l’exaspérante Jessica. Le manque de tonus.