Bien que sobre et maintenant la violence à distance, <em>Petit pays</em> contient plusieurs moments durs, dont une scène hallucinante de lynchage collectif.
Bien que sobre et maintenant la violence à distance, <em>Petit pays</em> contient plusieurs moments durs, dont une scène hallucinante de lynchage collectif.

Petit pays: L’enfant et la guerre *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Que se passe-t-il dans la tête d’un garçon de 10 ans quand la guerre fait irruption dans son quotidien ? Mais, surtout, comment l’illustrer sans tomber dans l’angélisme ou, pire, le sensationnalisme ? Éric Barbier a réussi à naviguer ces écueils avec beaucoup de doigté en adaptant Petit pays, qui évoque la perte d’innocence d’un enfant voyant sa famille se disloquer pendant que le conflit fait rage.

Le roman de Gaël Faye, couronné par plusieurs prix et traduit en près de 40 langues, est inspiré de son enfance au Burundi et de la séparation de ses parents, incarnés dans le drame cinématographique par Jean-Paul Rouve et Isabelle Kabano.

Cette famille qui éclate sous les yeux de Gabriel (Djibril Vancoppenolle) et de sa petite sœur sert de prisme à Barbier pour évoquer l’arrivée de la guerre civile au Burundi, puis le début du génocide au Rwanda voisin. L’action débute en 1992 alors que les antagonismes entre Hutu et Tutsi s’enveniment.

Le cinéaste utilise le point de vue de Gabriel pour maintenir les conflits meurtriers à distance. La discorde parentale et, surtout, l’abandon de sa mère envers ses enfants s’imposent comme sujets de préoccupation pour Gabriel. Les engueulades, en hors champ, et le bruit des explosions se confondent dans sa tête.

Mais peu à peu, la guerre civile se rapproche de son domicile et de son groupe d’amis, qui erre dans les environs. Elle prend une tournure plus concrète lorsque sa mère revient d’un voyage au Rwanda où le génocide envers la minorité tutsi a emporté ses proches et sa santé mentale.

Cette haine sera incarnée par son ami Gino (Tao Monladja), qui se radicalise de plus en plus. Jusqu’à une scène hallucinante de lynchage collectif où Gabriel se voit forcer à commettre l’irréparable.

Car même si Éric Barbier maintient la violence à distance, Petit pays est un film dur, dérangeant et, paradoxalement, très touchant. Loin de la grandiloquence académique de La promesse de l’aube (2017), le réalisateur opte ici pour une mise en scène sobre et très réaliste (les reportages à la radio et à la télé sont d’époque).

L’utilisation judicieuse d’ellipses, nombreuses, évite que l’histoire s’embourbe. Barbier a aussi su éviter le piège du film à thèse. Les grandes lignes sont évoquées, mais il a préféré se concentrer sur le microcosme de la famille — un choix judicieux.

Tout en laissant un espace de réflexion au spectateur. L’indifférence de la mère envers ses enfants n’est pas explicite. Pas plus que les raisons qui poussent le père, un expatrié français, à demeurer sur place plutôt que de chercher le salut dans la fuite.

Le film n'évoque pas explicitement les raisons qui poussent le père (Jean-Paul Rouve), un expatrié français, à demeurer sur place plutôt que de chercher le salut dans la fuite.

Il n’est pas évident de conclure un tel récit — celui-ci impose pratiquement de laisser le spectateur avec une lueur d’espoir. La finale m’est toutefois apparue tirée par les cheveux et gâche un peu l’ensemble, mené avec brio par Éric Barbier.

On retiendra aussi la forte présence des enfants, tous non professionnels, à l’écran. Leurs regards nous hantent bien après la projection...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Petit pays

Genre : Drame

Réalisateur : Éric Barbier

Acteurs : Djibril Vancoppenolle, Jean-Paul Rouve, Isabelle Kabano

Durée : 1h53