Autumn (Sidney Flanigan) quitte sa petite ville pour aller se faire avorter à New York.
Autumn (Sidney Flanigan) quitte sa petite ville pour aller se faire avorter à New York.

Never Rarely Sometimes Always: Recherche avortement désespérément ****

CRITIQUE / Les médias nous apprenaient cette semaine que des États américains cherchaient à profiter de la pandémie de la COVID-19 pour suspendre le droit des femmes à l’avortement. Never Rarely Sometimes Always, drame bouleversant et brillamment réalisé, en devient encore que plus brûlant d’actualité. Malheureusement privé d’une sortie en salles, le film primé à Berlin arrive en vidéo sur demande.

Le long métrage d’Eliza Hittman met en scène Autumn (Sidney Flanigan), une adolescente de 17 ans qui vit dans une petite ville de Pennsylvanie dans une famille modeste, auprès d’un père méprisant et d’une mère aimante, mais occupée par ses deux plus jeunes filles.

Enceinte, Autumn cherche de l’aide auprès d’une clinique de planification des naissances clairement pro-vie.

Pour Autumn, c’est la croix et la bannière, un véritable parcours de combattante qui s’amorce. Parce que dans son État, le consentement parental est imposé pour une mineure qui veut avorter. Elle se résout à prendre l’autobus pour New York en compagnie de sa cousine Skylark (Talia Ryder).

Obligées de poursuivre leur séjour plus qu’une journée, la paire erre nuitamment de la gare d’autobus aux stations de métro, ce qui illustre à quel point les deux cousines se sentent démunies, et dépassées, malgré la maturité d’Autumn. Tout le poids de la démarche repose sur leurs épaules...

Le plus étonnant, dans les circonstances, s’avère la retenue et la nuance affichées par Eliza Hittman. Never Rarely Sometimes Always évite le piège du militantisme autant que celui du pathos et de la dramatisation.

Pas besoin. La scène la plus puissante, qui donne son titre au long métrage, survient quand une infirmière pose des questions à Autumn sur sa vie sexuelle et son conjoint. Dans un long plan-séquence fixe, celle-ci doit répondre sur les abus qu’elle aurait subis, selon une échelle allant de «jamais» à «toujours». Son visage torturé, où on lit son inconfort, une forme de honte et sa peur, dit tout de la violence physique, psychologique et sexuelle que subissent, encore et toujours, une majorité de femmes.

Les hommes n’ont d’ailleurs pas le beau rôle dans ce drame. Même l’étudiant joué par le Québécois Théodore Pellerin (une courte apparition) montre peu d’empathie et cherche surtout à séduire Skylar. C’est certainement justifié dans le contexte, mais ça manque un peu de nuances. Autre irritant : plus de 48 heures après leur départ en cachette, les parents ne semblent pas inquiets de leur disparition.

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Skylar (Talia Ryder) fait la rencontre de Jasper (Théodore Pellerin) alors qu'elle accompagne sa cousine Autumn à New York.

De petits couacs dans cette réalisation superbement maîtrisée. Comme dans Les bums de plage (2017), Eliza Hittman adopte un style intimiste, des dialogues minimalistes et une approche documentaire qui renforcent la véracité du film. Certaines scènes sont dures et chargées d’émotion.

Sidney Flanigan et Talia Ryder, deux débutantes, se révèlent parfaitement crédibles dans la peau des cousines laissées à elles-mêmes au moment où réconfort et compassion seraient de mise.

Pour ceux qui pensent que nous sommes à l’abri d’un tel sort, rappelons qu’Andrew Scheer, le chef démissionnaire du Parti conservateur du Canada, a laissé flotter la possibilité de restreindre le droit à l’avortement pendant la campagne 2019, avant de faire marche arrière…

Raison de plus pour voir Never Rarely Sometimes Always, Grand prix du jury à la Berlinale 2020.

Au générique

Cote : ****

Titre : Never Rarely Sometimes Always

Genre : Drame

Réalisatrice : Eliza Hittman

Acteurs : Sidney Flanigan, Talia Ryder

Durée : 1h40