Ferdinand Cheval marchait plus de 30 km par jour comme facteur puis construisait son palais pendant la nuit.

L'Incroyable histoire de facteur Cheval: Le palais du fou ***

CRITIQUE / Le titre de ce drame biographique de Nils Tavernier est extrêmement bien choisi. L’histoire de Ferdinand Cheval, homme modeste et humble, qui décide de construire à la main un palais pour sa fille est incroyable. Et fascinante. Le cinéaste français livre un film bien tourné sur l’amour inconditionnel et le courage dans les épreuves d’une chienne de vie.

Ce Palais idéal que le postier a érigé, pierre par pierre, pendant une trentaine d’années tient encore debout, un siècle plus tard. Classé monument historique par la France, il est considéré comme un chef-d’œuvre d’architecture naïve.

Tavernier avait là un sujet en or, avec un personnage original — un introverti, solitaire, un peu austère et taiseux. D’abord boulanger, Ferdinand Cheval (Jacques Gamblin) devient veuf relativement jeune. Comme facteur, il parcoure la campagne à pied en rêvant (plus de 30 km par jour!).

Au cours de cette déambulation, il fait connaissance de Philomène (Laetitia Casta), une belle veuve volontaire. Ils auront rapidement une fille, Alice. Cheval décide de lui ériger un palais, même si sa femme n’est pas très ravie — il y consacre tout son temps libre.

«Les arbres, le vent et les oiseaux m’y encouragent», dira-t-il pour expliquer son obstination, malgré les difficultés, à poursuivre inlassablement son travail minutieux. Il n’a cure des moqueries, le «palais du fou» prend forme… Une construction qui défie l’entendement.

On aurait aimé que le long métrage reflète, sur le plan formel, cet état d’esprit. Tavernier livre un film très sage, reposant surtout sur les ellipses, qui lui permettent de montrer l’emprise du temps sur Cheval et sa Philomène.

D’abord documentaliste, Tavernier a l’œil pour les plans, larges, dans la nature, avec des paysages à couper le souffle. De la même façon, il s’attarde à filmer en gros plans les gestes, forcément un peu répétitifs, du constructeur en herbe. Tout comme pour les moments plus intimes entre les amoureux ou du père pour sa fille.

Il illustre ainsi à quel point Ferdinand Cheval, peu à l’aise avec les choses du cœur, démontre tout son amour pour Alice en lui offrant ce palais qu’il construit à l’arrière de leur modeste résidence. Mais plus encore, c’est l’amour inconditionnel de Philomène pour son mari que le spectateur reçoit de plein fouet.

Et, bien sûr, cette œuvre monumentale qui prend forme — un «incroyable» travail de la direction artistique pour que l’érection du palais puisse nous apparaître comme crédible.

L'œuvre monumentale de Facteur Cheval était construite dans la cour arrière de sa résidence.

L’histoire en soi nous contente, vu son aspect inhabituel. Mais il faut souligner la performance fiévreuse de Jacques Gamblin — Ours d’argent à Berlin en 2002 pour Laissez-passer, film de Bertrand Tavernier, le père de Nils… L’acteur français incarne facteur Cheval d’éclatante façon, tout en introspection. Une interprétation marquante, compte tenu de la nature de l’homme qu’il devait jouer.

L’incroyable histoire du facteur Cheval de Tavernier s’avère convenu, jusque dans sa finale qui met un baume sur le cœur après avoir vu défiler sous nos yeux un destin si tragique. On aurait souhaité plus d’envergure, que le film soit phénoménal, mais le résultat est tout de même assez réussi. Surtout sur grand écran.

Au générique

Cote : ***

Titre : L’incroyable histoire du facteur Cheval

Genre : Drame biographique

Réalisateur : Nils Tavernier

Acteurs : Jacques Gamblin, Laetitia Casta

Classement : Général

Durée : 1h45

On aime : l’incarnation de Cheval par Gamblin. Le récit incroyable. Le travail de reconstitution.

On n’aime pas : une certaine sécheresse émotive. La forme trop convenue.