Le gala des prix Iris s’annonçait brillant. «Le tapis rouge aurait été extraordinaire, assure la dg de Québec cinéma, Ségolène Roederer [...] Il y avait une belle effervescence. On est en territoire inconnu, mais cette effervescence demeure.»
Le gala des prix Iris s’annonçait brillant. «Le tapis rouge aurait été extraordinaire, assure la dg de Québec cinéma, Ségolène Roederer [...] Il y avait une belle effervescence. On est en territoire inconnu, mais cette effervescence demeure.»

Les Iris: un gala en territoire inconnu

Pandémie ou pas, il fallait donner les prix Iris qui célèbrent l’excellence dans le cinéma québécois. La directrice générale de Québec cinéma, Ségolène Roederer, est formelle. Les trophées sont même fabriqués! Mais oubliez le tapis rouge… N’empêche. Une diffusion sur le Web, puis en ondes pour quatre catégories, le 10 juin, permettra de célébrer cette cuvée exceptionnelle marquée par une représentation féminine particulièrement relevée.

«C’était très concret dans ma tête : on va les remettre d’une façon ou d’une autre», se rappelle-t-elle en entrevue téléphonique.

Le concept de «gala sur le sofa» a émergé après des discussions avec Radio-Canada. Pas moins de 24 prix seront d’abord attribués à la cérémonie qui débute à 19h et sera diffusée sur le site Web d’Ici télé et d’ARTV. Puis les gagnants des quatre Iris de catégories principales sont accueillis sur le plateau de BONSOIR, BONSOIR!

«Toutes nos discussions nous menaient à [l’émission], qui envisageait un spécial cinéma pour l’occasion.» Elles se sont ensuite poursuivies «avec eux sur la forme que ça allait prendre».

Les lauréats des meilleures interprétations masculines et féminines, ainsi que ceux des prix du public et meilleur film seront donc plébiscités en direct de l’émission animée par Jean-Philippe Wauthier sur les ondes d’ICI Télé (et sur ICI tou.tv), à compter de 21h.

Il fallait évidemment des catégories qui vont rallier un large public, à défaut de présenter «la grand-messe» habituelle. «Je suis tellement reconnaissante de cette opportunité», souligne Ségolène Roederer. Dans les circonstances, «tout est un petit miracle. On est chanceux de faire quelque chose».

<em>La Femme de mon frère</em> de Monia Chokri concourt dans les catégories meilleur film et meilleure réalisation.

L’année des femmes

Distanciation physique oblige, il était impossible de réunir tous les lauréats. Le deuil de l’habituel gala, dans une salle «avec 850 personnes» et diffusé le dimanche soir à la télé, ne fut pas nécessairement facile pour autant. D’autant que le cru est très relevé cette année. Et très féminin…

Pas moins de six des sept longs métrages dans la course au meilleur film sont l’œuvre d’une femme : Antigone; Fabuleuses; La femme de mon frère; Il pleuvait des oiseaux; Jeune Juliette et Kuessipan… Et la catégorie Révélation de l’année n’accueille que des actrices!

«C’était une grande, grande tristesse. Le tapis rouge aurait été extraordinaire. Et on avait une belle équipe de création. Il y avait une belle effervescence. On est en territoire inconnu, mais cette effervescence demeure. Et l’envie d’y participer est flagrante.»

<em>Antigone</em>, de Sophie Deraspe, est notamment dans la course au meilleur film, à la meilleure réalisation et au meilleur scénario.

Cette forte délégation féminine est souhaitée (et attendue) depuis bien des années dans un milieu essentiellement masculin, qui offrait même peu, sauf exception, de rôles féminins significatifs. Il n’y avait pas de biais pour autant de la part des divers jurys afin de favoriser cette émergence, soutient Ségolène Roederer.

«Ce n’est absolument pas entré en ligne de compte. On a été submergé avec joie par cette vague de talent féminin. On l’a vu dès l’automne qu’il se passait quelque chose, qu’il y avait cette force et cette diversité. Après, on peut se demander si les nouvelles règles [de financement] pour l’équité ont aidé à faire tous ces films au même moment. Mais, en même temps, il n’y a pas un film qui ne méritait pas d’être fait.»

Le système en place, avec un comité de présélection qui vote de façon privée et un vote universel des professionnels du cinéma québécois, ne permet pas «une dynamique de jury de festival» où il peut y avoir un agenda, fait valoir la DG, qui fête son 20e anniversaire à la tête de Québec cinéma. «On vise à être le plus universel possible.»

<em>Kuessipan</em>, de la réalisatrice Myriam Verreault, est dans la course au meilleur film, à la meilleure réalisation et au meilleur scénario.

Quel futur?

Le gala actuel différera des précédents. Et celui de l’an prochain pourrait bien aussi. Comme pour les Oscars, Québec cinéma devra examiner ses règlements d’admissibilité aux diverses catégories après l’étonnant succès sur Netflix de Jusqu’au déclin de Patrice Laliberté (le drame devait prendre l’affiche en salle, mais la COVID-19 a modifié la donne).

Cette incroyable visibilité pour un long métrage québécois va sûrement en faire réfléchir plusieurs sur la façon de distribuer leurs œuvres. Il y a aussi l’incertitude qui entoure la fréquentation des salles de cinéma.

Des choses changeront. À quoi tout ça va ressembler dans le futur? Quels seront les impacts? Il y a tellement de facteurs à prendre en considération que «c’est très difficile de le savoir. C’est quelque chose de compliqué».

D’autant que tout a bougé rapidement depuis deux mois. «Dans l’exploitation de cinéma, il y avait quelque chose d’un peu immuable, un peu compliqué et qui grinçait un peu. Et là, on a vraiment été obligé de penser les choses différemment [avec des plateformes de diffusion en ligne]. On va être obligé de regarder les choses en plusieurs dimensions.

«Je souhaite évidemment que l’exploitation en salle en demeure le fer-de-lance. Mais il y a tellement de choses qui se passent. Est-ce que les ciné-parcs vont devenir le haut lieu culturel de notre province? (rires) Who knows

Reste, fait valoir Ségolène Roederer, que «les dégâts vont être énormes pour notre société. On voit bien que les inégalités sociales augmentent de façon terrible. On n’a pas le choix de constater qu’on traverse une crise majeure.

«Au niveau de notre industrie, il y aura des choses très difficiles. Toute la base de cette industrie et ce qui fait qu’on est capable de créer dans de bonnes conditions, il faut protéger tout ça. Je ne sais pas comment notre envie de raconter des histoires va se transformer.»

Seule certitude : «Il va falloir travailler ensemble».

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