Le réalisateur Vincent Biron s’est vu confier les rênes du film Les Barbares de La Malbaie même s’il ne connaît pas grand-chose au hockey.

Les Barbares de La Malbaie: au hockey comme dans la vie [VIDÉO]

Le réalisateur Vincent Biron n’a jamais été un amateur de hockey. Avant le début du tournage, à peine savait-il combien de joueurs compte une équipe, c’est dire comment il partait de loin. Sa méconnaissance de notre sport national ne l’a toutefois pas empêché de sauter à pieds joints dans l’aventure des Barbares de La Malbaie, passionné par un scénario où la «game» n’est finalement qu’un prétexte pour explorer la face cachée de la condition masculine.

Appelé à prendre la relève d’un collègue parti travailler sur un autre projet, l’auteur de Prank (2016) est littéralement «tombé en amour» avec le scénario d’Éric K. Boulianne, Marc-Antoine Rioux et Alexandre Auger, beaucoup plus mordus de hockey que lui. «C’est une histoire qui dépasse le cadre du sport, qui s’intéresse à la mythologie du hockey. Autant le vrai fan que celui qui n’y connaît rien peuvent y trouver leur compte. Je suis content de pouvoir rejoindre les deux camps.»

La relation entre Yves Tanguay (Philippe-Audrey-Larrue-St-Jacques), un hockeyeur irresponsable et manipulateur qui vit dans le déni de son déclin, et son cousin adolescent en permanente admiration devant lui (Justin Leyrolles-Bouchard), permet au film d’explorer les thèmes de la perte des illusions et de l’innocence, du deuil des idéaux. «On a cherché à éviter les codes et les clichés du hockey. Le scénario a l’air simple en apparence, mais il y a une réflexion derrière.»

Campée dans une ligue jamais nommée qu’on devine être du calibre de la Ligue nord-américaine, Les Barbares de La Malbaie n’a rien à voir avec Lance et compte, encore moins avec Slap Shot. Malgré le nom de l’équipe, aucune scène de violence au menu. Le film emprunte davantage la touche humaniste de la télésérie Demain des hommes. À la différence que le film met à l’avant-plan, non pas des hockeyeurs juniors avec les hormones dans le plafond, mais des joueurs plus âgés qui ont fait une croix sur un hypothétique avenir professionnel.

«Les gars ont fait la paix avec la carrière qu’ils n’ont pas eue. Ils n’ont plus rien à gagner, ils ne sont plus dans la confrontation. Il y en a qui sont peut-être devenus vendeurs d’assurances dans leur petite ville et qui trouvent ça juste le fun de jouer pour les Barbares. Pour eux, un gars comme Yves Tanguay, ils trouvent ça triste.»

Humour et tristesse

À l’instar de l’un de ses réalisateurs fétiches, Noah Baumbach (Frances-Ha), Vincent Biron aime prendre son temps, «travailler lentement» avec les acteurs, quitte à multiplier les prises. «Je crois que ç’a été mon plus gros travail sur le film. Au Québec, on tourne toujours trop vite. C’est pourquoi j’ai exigé d’avoir beaucoup de jours de tournage (31 au total). J’aime ça faire beaucoup de prises, pas parce que je veux épuiser les acteurs comme pouvait le faire (Stanley) Kubrick, mais parce qu’on peut toujours trouver plus juste quand on creuse.»

Alexander Payne (Les descendants, Nebraska) est aussi un modèle pour lui. «C’est le fondateur de mon cinéma.» À ce deuxième long-métrage, Biron a voulu étendre la vision de son maître à penser, celle de personnages en demi-teintes, souvent vulnérables, jamais unidimensionnels.

«Même les pires trous-de-cul ont de l’humanité. Ceux très humains et bien intentionnés ont des travers. Dans mon bureau de production, il y a une affiche avec une citation de Coluche qui dit que l’humour est la politesse du désespoir. C’est un peu comme ça que je vois la vie. Je ne peux pas m’empêcher de voir des choses drôles dans la tristesse, et de la tristesse dans ce qui est drôle.»

Les Barbares de La Malbaie prend l’affiche le 22 novembre.