Les personnages de Camille Cottin et Fabrice Luchini forment un des plus improbables duos d’enquêteurs vus au cinéma dans les dernières années.

Le mystère Henri Pick: À livre ouvert ***

Jean-Michel Rouche et Joséphine Pick forment un des plus improbables duos d’enquêteurs vus au cinéma dans les dernières années. À commencer par le fait qu’ils ne sont pas policiers et qu’ils tentent de résoudre une énigme où il n’y a pas eu vol ou meurtre. Mais peut-être une arnaque… littéraire!

Le mystère Henri Pick est un petit film sympathique et sans prétention de Rémi Bezançon (Un heureux évènement), adaptation très libre du roman éponyme de David Foenkinos. Mais il peut compter sur la présence de Fabrice Luchini et Camille Cottin dans les rôles principaux.

Le premier étant amoureux fou des livres, le personnage de critique littéraire blasé et débordé lui va comme un gant. Rouche anime une populaire émission de télé à laquelle il reçoit Daphné Despero (Alice Isaaz), qui vient de publier le roman à succès de la rentrée.

La jeune éditrice a découvert le manuscrit dans une étrange bibliothèque de la Bretagne (très bien filmée), rédigé par un restaurateur décédé il y a deux ans. Or, dit sa veuve, présente sur le plateau, elle ne l’a jamais vu écrire. Flairant la supercherie, l’ignoble critique passe à l’attaque.

Ayant perdu son emploi et sa femme à la suite de sa sortie tumultueuse, Rouche décide de laver son honneur. Pour défendre celui de son défunt père, Joséphine Pick (Cottin, vue dans Nos futurs de Bezançon), ne lâche plus notre Hercule Pivot d’une semelle.

La complicité entre les deux acteurs fournit l’étincelle nécessaire à ce récit à l’humour décalé. Pas question ici pour Bezançon et sa coscénariste Vanessa Portel de mener une charge à fond de train sur l’hypocrisie du milieu littéraire (un peu, tout de même).

Les deux auteurs se sont plutôt amusés à jouer avec les codes du polar — il y a un hommage discret à Hitchcock (dont Bezançon ne possède pas le génie, tant s’en faut) : on voit un extrait des 39 marches (1935) dans le film.

Il y a du suspense et des rebondissements dans cette (en)quête littéraire, en forme de clins d’œil, la plupart du temps. Rien de bien surprenant, toutefois. La deuxième partie du long métrage nous conduit exactement là où on s’attend qu’il nous mène, avec la résolution de l’imbroglio et une fin ouverte, assez belle, d’ailleurs.

Aux moments comiques assez réussis, le duo a greffé une réflexion sur la mince frontière, mobile, entre la réalité et la fiction, par l’entremise, entre autres, d’un jeune auteur talentueux qui cherche désespérément à se faire publier.

Du reste, il y a toujours quelque chose de jubilatoire à voir Luchini dans ce genre de rôle (même si on n’atteint pas la grâce de Molière à bicyclette (2013) de Philippe Le Guay). Et la présence d’Hanna Schygulla, l’égérie de Fassbinder, dans une trop courte apparition, a comblé mon cœur de cinéphile.

Le mystère Henri Pick est un film frais et pétillant, qui nous laisse guilleret à la sortie de la salle. Ce genre de divertissement, intelligent et pertinent, se fait trop rare pour passer outre. Et ça donne le goût de lire sur le bord de l’eau...

Au générique

Cote : ***

Titre : Le mystère Henri Pick

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Rémi Bezançon

Acteurs : Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz

Classement : Général

Durée : 1h45

On aime : la chimie du duo d’acteurs. Le jeu avec les codes du polar. L’humour un brin décalé.

On n’aime pas : quelques clichés.