Sofia (Maha Alemi) et sa cousine Lena (Sarah Perles).

Le film de la semaine: Sofia *** 1/2

Meryem Benm’Barek a fait un passage remarqué au Festival de Cannes 2018 avec son premier long métrage, retenu dans la section Un certain regard, qui fait partie de la sélection officielle au même titre que les films de la compétition. La jeune cinéaste y a obtenu le très mérité prix du scénario pour Sofia, drame social authentique et bouleversant qui dénonce les idées reçues et pulvérise les clichés entretenus par l’Occident sur la femme arabe.

La Sofia (Maha Alemi) en question est une jeune femme d’à peine 20 ans qui se retrouve enceinte (dans des circonstances floues, qui vont s’éclaircir ensuite). La Marocaine vit un déni de grossesse jusqu’aux premières contractions. Sa cousine Lena (Sarah Perles) l’accompagne à l’hôpital.

Sofia est paniquée : au pays, la loi interdit les relations sexuelles hors mariage. On lui donne 24 heures pour fournir les papiers du père sinon on la dénoncera à la police…

«L’affaire» arrive à un bien mauvais moment pour sa famille, qui tente de conclure une affaire importante. Redoutant le scandale, la pression est mise sur la jeune malheureuse. Seule sa cousine montre un peu d’empathie et tente de l’aider. Mais Lena provient de la haute bourgeoisie et comprend mal les codes qui régissent les moins fortunés : sa bonne volonté se révèle handicapante...

Les conséquences de la grossesse de Sofia sont inimaginables ici, ce qui n’empêche pas ses malheurs de nous prendre aux tripes. D’autant qu’il illustre aussi un conflit de générations, l’opposition entre la tradition et la modernité et, on s’en doute, la question de l’honneur et de la réputation. Des notions toujours pertinentes...

Pour son premier long métrage, Meryem Benm’Barek s’est concentré sur le récit en utilisant une mise en scène en retenue, avec des cadrages simples et des plans-séquences. Le propos se prête mal aux effets de style et à l’exotisme de carte postale. Il y a néanmoins quelques beaux plans de Casablanca.

Dans ce contexte, le ton nuancé de la réalisatrice retient surtout l’attention. Pas question pour elle de faire de Sofia une victime. Oui, elle a la naïveté de sa jeunesse, mais son attitude se révèle de plus en plus ambiguë alors que progresse l’histoire par rapport à son bébé, à sa famille et à sa cousine. Les victimes ne sont pas toujours celles qu’on pense...

Il aurait été facile de tomber dans la charge à fond de train démagogique pour dénoncer cette loi archaïque. Meryem Benm’Barek refuse le manichéisme et préfère, plutôt, tracer un portrait socioéconomique qui révèle une application différente de la loi si l’on est riche ou pauvre.

C’est là que Sofia devient en puissant réquisitoire, tout en laissant au spectateur le soin de tirer ses propres conclusions. Un film qui brasse la cage...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Sofia

Lena et Sofia 
 FunFilm

Genre : Drame social

Réalisatrice : Meryem Benm’Barek

Acteurs : Maha Alemi, Sarah Perles, Hamza Khafif, Lubna Azabal

Classement : Général

Durée : 1h26

On aime : la complexité des personnages. Le point de vue nuancé. Le portrait social.

Lena et Sofia 
 FunFilm

On n’aime pas : —