Héloïse (Adèle Haenel) et Marianne (Noémie Merlant) vont peu à peu éprouvé des sentiments amoureux qui dépassent la relation modèle-peintre.

Le film de la semaine: Portrait de la jeune fille en feu *** 1/2

CRITIQUE / Portrait de la jeune fille en feu a créé un véritable engouement dès sa première mondiale au Festival de Cannes, où il a permis à Céline Sciamma de repartir avec le Prix du scénario. Avec raison : le drame intimiste évoque avec une rare sensibilité une passion interdite entre deux femmes. Mais il s’agit surtout d’un récit qui dépeint avec acuité un amour naissant et l’irrépressible montée du désir qui en découle.

La réalisatrice s’attaquait à un défi de taille, celui de la pertinence, puisqu’elle a décidé d’en situer l’action à la fin du XVIIIe siècle. Elle l’a relevé avec brio en adoptant une approche résolument contemporaine de ses personnages et en proposant une distribution entièrement féminine.

Son évocation, en filigrane, de l’oppression patriarcale de l’époque (mariage obligé, accès à l’avortement, faible possibilité de carrière artistique, etc.) peut facilement être transposée de nos jours.

Reste que le film se déroule en 1770. Marianne (Noémie Merlant) débarque sur une île bretonne. La jeune peintre doit réaliser le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel), tout juste sortie du couvent. Sauf que celle-ci refuse obstinément de poser car elle ne souhaite pas se marier (le tableau est destiné à son futur époux).

Faussement engagée comme dame de compagnie, Marianne observe son modèle pour le reproduire en cachette sur la toile. Une fois son œuvre complétée, elle avoue la vérité à Héloïse, qui rejette le portrait classique, symbole du carcan dont les deux femmes doivent se libérer.

En compagnie de Sophie (Luàna Bajrami), une servante auprès de laquelle elles jouent le rôle de grandes sœurs, le duo va peu à peu s’apprivoiser et s’aimer. Ce qui permettra à Marianne de réaliser son portrait de la jeune fille en feu...

La récompense pour le scénario coule de source. Céline Sciamma (Bande de filles) propose une variation originale du mythe d’Orphée et d’Eurydice et des dialogues chargés de sens. Son film, très charnel, offre aussi une réflexion sur le geste de peindre, de réaliser un portrait, soit saisir l’âme de son sujet.

Ce qu’elle s’évertue à faire avec ce film d’effets de miroir et de regards (entre les interprètes, mais aussi celui qu’elle pose sur celles-ci) et une mise en scène totalement incarnée, qui aurait également pu lui valoir un prix de réalisation.

Mis à part quelques excursions à l’extérieur, Portrait… prend la forme d’un huis clos. Sciamma a développé des trésors d’ingéniosité, souvent en plans séquence, pour éviter un effet de lassitude malgré les limites du lieu (une immense pièce où Marianne loge et peint Héloïse).

Il faut aussi souligner son doigté à la direction d’actrices. La cinéaste a su créer un environnement respectueux qui permet à ses sublimes interprètes de réellement incarner les deux jeunes femmes, avec une belle intériorité. La sensualité de certaines scènes est magnifiée. À Cannes, je leur aurais donné un prix conjoint d’interprétation.

Cela dit, le film n’échappe pas à une certaine surcharge symbolique, ses répétitions qui en alourdissent le déroulement et son aspect malgré tout prévisible. De petits défauts qui ne gâchent pas les magnifiques images de ce chant de femmes polyphoniques (avec un travail remarquable de Claire Mathon à la direction photo).

Présent aux Golden Globes et aux BAFTA pour le meilleur film international, Portrait de la jeune fille en feu a obtenu dix mentions aux Césars, dont meilleur film, réalisatrice, scénario ainsi que des nominations pour Haenel et Merlant comme meilleures actrices. Les prix seront remis le 28 février.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Portrait de la jeune fille en feu

Genre : Drame

Réalisatrice : Céline Sciamma

Actrices : Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luàna Bajrami, Valeria Golino

Classement : Général

Durée : 2h02

On aime : la réalisation sensible. Les thèmes abordés. Les sublimes interprètes. La magnifique photo.

On n’aime pas : un petit manque d’air.