Vince Gamache (Marc-André Grondin) veut gravir les échelons du clan Paterno.
Vince Gamache (Marc-André Grondin) veut gravir les échelons du clan Paterno.

Le film de la semaine: Mafia inc. *** 1/2

CRITIQUE / Podz nous a habitués à sa prise de risques — et pas seulement dans l’audace et la maîtrise de sa réalisation originale —, de la violence trouble de La loi du talion ou 10 1/2 au plan-séquence de King Dave. Mais le cinéaste prodige aurait facilement pu se casser les dents sur Mafia inc., une ambitieuse fresque réussie qui dépeint l’ascension et la chute d’un jeune Québécois auprès de la famille régnante dans la province.

La très libre adaptation de l’enquête journalistique d’André Noël et d’André Cédilot sur la présence des Rizzuto au Québec se situe en pleine guerre des motards, en 1994. Vince Gamache (Marc-André Grondin), antihéros et électron libre, se trouve au Venezuela pour un coup fumant.

Le garçon mal-aimé est issu d’une famille modeste de tailleurs qui habille les Paterno depuis trois générations. Prêt à tout pour impressionner Frank Paterno (Sergio Castellitto) et doté d’une ambition sans limites, il profite de son amitié avec l’ainé des fils du parrain pour grimper dans l’organisation. Sa sœur Sofie (Mylène Mackay) fréquente le cadet…

Mais pour importer cette considérable quantité de drogues, l’arrogant va commettre un crime odieux et ainsi déclencher une guerre fratricide qui n’épargnera personne.

Vince incarne l’enfant prodigue qui veut (métaphoriquement) tuer son vrai père (Gilbert Sicotte), conscience morale du récit, ainsi que son père adoptif. Le jeune gangster est habité de pulsions contradictoires mises en lumière par le gouffre qui sépare les deux familles.

Gilbert Sicotte et Sergio Castellitto incarnent les deux figures paternelles de Vince.

Alors que ses parents peinent à joindre les deux bouts, les Paternò nagent dans l’opulence… de l’argent sale. Le parrain tente d’ailleurs d’en blanchir le plus possible grâce à un projet pharaonique de pont financé à l’aide de nombreux pots-de-vin et de corruption à grande échelle. Une belle illustration de l’emprise tentaculaire de la Cosa Nostra. Mais Vince risque de tout gâcher...

Dans ce film de gangsters à plusieurs personnages, Podz s’attache au crime commis et à ses répercussions sur ces derniers. Multipliant les effets-miroirs, il conduit d’une main sûre le spectateur sans l’égarer. Quelques touches d’humour noir viennent adoucir les passages plus brutaux.

Le cinéaste a évité la glorification de la violence, écartant gros plans et ralentis typiques du genre, mais celle-ci demeure omniprésente — tant physique que psychologique.

Si Podz a choisi de laisser le récit lui dicter sa mise en scène pour ce sixième long métrage, le réalisateur démontre son doigté habituel à la direction d’acteurs. Bien sûr, Castellitto et Sicotte sont des acteurs chevronnés et Grondin avait tourné avec lui L’affaire Dumont (2012). N’empêche, chacun livre une solide performance.

Grondin dévoile juste assez d’humanité pour que la blessure liée à l’enfance de Vince Gamache nous permette de comprendre — ce qui ne veut pas dire endosser — sa violence gratuite. En parrain impitoyable mais homme de famille, Castellitto s’avère totalement crédible.

Quant à Sicotte, quel acteur ! Sa douleur de père rejeté, honnête, digne mais faible, prend le spectateur à la gorge. Il sera nommé aux Iris comme acteur de soutien. Même chose pour Mylène Mackay, moins présente, mais tout aussi marquante. Les femmes de ce film, qui agissent dans l’ombre, détiennent la vraie balance du pouvoir.

Mafia inc. n’est pas épargné par quelques passages à vide et ses derniers moments un peu exagérés. Mais la finale est juste parfaite. Sans parler de quelques truculents personnages secondaires.

Podz a réussi à concilier propos percutant sur la mafia et intrigue divertissante qui nous tiennent en haleine. Coppola, Scorsese et compagnie approuveraient.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Mafia inc.

Genre : Drame

Réalisateur : Podz

Acteurs : Marc-André Grondin, Sergio Castellitto, Mylène Mackay, Gilbert Sicotte

Classement : 13 ans +

Durée : 2h13

On aime : l’ambition du récit. Le réalisateur exemplaire. La forte distribution. Le segment avec du Joy Division.

On n’aime pas : quelques passages à vide.