Andrée Lachapelle et Gilbert Sicotte forment un couple attachant dans l'adaptation du roman Il pleuvait des oiseaux.

Le film de la semaine: Il pleuvait des oiseaux *** 1/2

CRITIQUE / La rentrée automnale au cinéma québécois s’amorce de belle façon avec l’adaptation du très acclamé roman de Jocelyne Saucier, «Il pleuvait des oiseaux». La réalisatrice Louise Archambault fait sienne la prose de l’auteure abitibienne pour offrir une œuvre toute en finesse sur le droit de chacun de comme il l’entend le dernier droit de sa vie.

Vivre selon ses convictions, loin de la civilisation, poussé par le besoin irrépressible «de n’exister pour personne», c’est ce qui a poussé Tom (Rémy Girard) et Charlie (Gilbert Sicotte) à se réfugier dans une cabane au fond des bois. Loin de la cohue urbaine, leur existence est faite de piégage de lièvres au collet, de baignade dans un lac en tenue d’Adam et de culture du cannabis.

Leur rencontre avec une pugnace journaliste (Ève Landry) qui mène l’enquête sur le tragique incendie de forêt qui a ravagé la région jadis, viendra chambouler leur quotidien jusque là sans histoire. Suivra, celle-là encore plus déterminante, celle avec Gertrude (Andrée Lachapelle), une octogénaire au passé marquée par des abus de traitements psychiatriques. La vieille dame vit dans une angoisse permanente.

Il y a un peu des Enfants du marais dans le long-métrage de Louise Archambault (Gabrielle). Même si l’action du film de Jean Becker se situait dans les années 30, le récit montre des similitudes dans la façon de peindre des personnages à la recherche de liberté, dans un petit coin de paradis menacé dans les deux cas.

La réalisatrice s’y prend de façon très touchante pour montrer ces vieux ermites dans toute leur vulnérabilité. Ancien musicien de bar accro à la bouteille, le bourru mais attachant Tom se refuse à retourner à la civilisation, quoi qu’il advienne. Charlie, un rescapé du cancer, savoure la chance de pouvoir bénéficier d’une seconde vie qui, contre toute attente, trouvera le bonheur auprès de la fragile Gertrude, comblée d’avoir trouvé un homme capable de tendresse pour elle.

Il pleuvait des oiseaux, malgré son sujet, ne succombe pas au misérabilisme. Cet hymne à la liberté se veut un émouvant plaidoyer en faveur du libre arbitre, mais aussi sur le besoin d’amour auquel chacun ne peut échapper, aussi déterminé soit-il dans son désir de se couper du monde. Le corps doit aussi exulter, peu importe l’âge, comme en témoigne la très belle (et audacieuse) scène d’intimité entre Gertrude et Charlie.

Les quelques failles du scénario – on pense à l’idylle entre la journaliste et le neveu de Gertrude (Éric Robidoux) qui peine à trouver sa place – ne sont rien pour faire oublier les émotions transmises par les trois grands comédiens. Lorsqu’il reprend les chansons Time (de Tom Waits) et Bird on the Wire (de Leonard Cohen), s’accompagnant à la guitare, Rémy Girard offre de purs moments d’émotions. Andrée Lachapelle, dans ce qui constitue son chant du cygne à l’écran, et Gilbert Sicotte, touchant de retenue, forment un couple qui démontre que le coeur reste éternellement jeune.

La nature, avec ses paysages grandioses (ceux de la forêt Montmorency), devient un personnage en soi devant la caméra de Louise Archambault. La quiétude habite chacun des plans qui deviennent autant d’invitation à s’y perdre pour trouver la paix intérieure.

Un très beau film, empreint d’un humanisme salvateur.

AU GÉNÉRIQUE

Rémy Girard incarne Tom, un ex-musicien de bar alcoolique.

Cote : *** 1/2

Titre : Il pleuvait des oiseaux

Genre : drame

Réalisateur : Louise Archambault

Acteurs : Rémy Girard, Gilbert Sicotte, Andrée Lachapelle, Ève Landry, Éric Robidoux

Classement : général

Durée : 2h07

On aime : la sensibilité du scénario, la qualité de l’interprétation, les chansons de Rémy Girard

On n’aime pas : l’idylle entre la journaliste et le neveu