«Fête de famille» met en scène une famille dysfonctionnelle qui doit composer avec les aléas de la maladie mentale de la fille aînée.
«Fête de famille» met en scène une famille dysfonctionnelle qui doit composer avec les aléas de la maladie mentale de la fille aînée.

Le film de la semaine: «Fête de famille» ***

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
Critique / «Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et j’aimerais qu’on ne parle que de choses joyeuses», souhaite Andréa. Évidemment, ça ne se passera pas du tout comme ça. Surtout lorsque la grand-mère reçoit un cadeau inattendu : le retour sa fille aînée, après trois ans d’absence. La «Fête de famille» va partir en vrille. Sans renouveler le genre, Cédric Khan peut au moins compter sur une solide distribution pour interpréter cette famille de doux dingues.

C’est ce qui fait la particularité du 11e long métrage du réalisateur, qui joue également Vincent, le frère de Claire (Emmanuelle Bercot) et de Romain (Vincent Macaigne) : ils sont tous un peu fêlés (sauf les petits-enfants). Andréa aussi (Catherine Deneuve, impériale comme toujours), leur mère prête à tout leur pardonner.
Évidemment, les deux frangins logent aux antipodes. Vincent, l’homme respectable à cheval sur les principes, tolère à peine Romain, l’éternel ado qui se la joue artiste d’avant-garde incompris (il tourne d’ailleurs, dit-il, un documentaire pour l’occasion).
Leur fragile équilibre sera vite rompu lorsque la psychotique Claire débarque à l’improviste. Bombe à retardement (et à fragmentation, qui n’épargne personne), celle qui fait du chantage émotif réclame à corps et à cris sa part de la maison de campagne familiale. Immédiatement — même si ça signifie vendre la résidence…
Un prétexte pour illustrer les tensions, névroses, incompréhensions et désaccords dans cette famille où chacun s’exprime sans filtre et sans se soucier des conséquences… Bonjour, les dégâts.
Cédric Kahn joue ici le rôle du metteur en scène, en avant et en arrière de la caméra. Il aurait peut-être dû se limiter à la réalisation : ses acteurs en étalent parfois une couche de trop, même s’il y a une forme de théâtralité assumée (Fête de famille est divisé en trois actes).
D’autant que le cinéaste d’Une vie meilleure (2012) et de La prière (2018) continue à se distinguer par la précision et la justesse de son art, utilisant des cadres fixes larges et des plans souvent longs, où il se déroule presque autant de choses dans le hors-champ. Comme d’habitude, Kahn ne porte pas de jugement, laissant au spectateur son indépendance d’esprit.
Celui-ci devra, toutefois, exercer sa patience : il faut un certain temps avant que le scénario révèle ses secrets — puisqu’il y en a, comme dans tout bon film sur la famille.
Tous seront bientôt placés devant un dilemme presque insoluble et des choix conséquents…
Le réalisateur français a déjà mieux fait et avec un point de vue plus original. N’empêche : il évoque frontalement les ravages de la maladie mentale et son impact non seulement sur celle qui en souffre, mais aussi tout son entourage.
Juste pour ça, Fête de famille vaut la peine de supporter ses défauts, pour en apprécier les qualités. Comme les gens qu’on fréquente dans la vraie vie...

Au générique
Cote : ***
Titre : Fête de famille
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Cédric Khan
Acteurs : Catherine Deneuve, Emmanuelle Bercot, Vincent Macaigne
Classement : Général
Durée : 1h41
On aime : le scénario sans compromis. La réalisation précise. La solide distribution.
On n’aime pas : certains dérapages des acteurs. Un genre un peu usé.