Julia Garner offre une performance remarquable dans <em>L'assistante.</em>

L'assistante: La femme invisible *** 1/2

CRITIQUE / L’assistante (The Assistant) arrive à point nommé à l’ère post-#MoiAussi. Le très bon drame psychologique décrit le malaise grandissant de la verte Jane (Julia Garner) lorsqu’elle découvre que ses collègues préfèrent fermer les yeux sur les agressions du puissant patron d’une boîte de production cinématographique new-yorkaise…

Libre à chacun d’y voir une allusion claire aux agissements du producteur Harvey Weinstein. À mon avis, l’intérêt loge ailleurs.

Ce film d’auteure exigeant décrit avec beaucoup d’acuité les relations déshumanisantes d’un milieu de travail toxique où tout est jeu de pouvoir. Au bas de l’échelle, Jane apparaît invisible aux yeux de tous (et de toutes). Elle incarne aussi un danger potentiel comme assistante du monstre.

Kitty Green, documentariste qui s’est fait un nom avec Casting JonBenet (2017), a opté pour un parti-pris très évocateur : ne jamais montrer cet homme abject à l’écran. Ce qui démontre que, même absent, ou derrière la porte fermée de son bureau, son emprise s’avère suffisamment grande pour terrifier ses employés. Il n’entre en contact avec Jane qu’au moyen de brefs appels, souvent méprisants.

Une approche à l’image de l’œuvre, qui mise sur l’implicite. Au spectateur de relier les points.

Pour illustrer la mesure de l’aliénation de Jane, la réalisatrice prend soin de filmer en plongée les gestes répétitifs de l’assistante (ce qui l’écrase), surtout les tâches les plus abrutissantes : ramasser les miettes de nourriture sur les tables et bureaux ; laver les tasses de ses collègues ; imprimer leurs horaires de la journée, etc. Afin que le spectateur soit, lui aussi, de plus en plus exaspéré et prenne la pleine mesure de cette violence systémique.

Parenthèse : le long métrage met en scène une femme et son malaise grandissant envers les agressions commises sur de jeunes actrices. La situation serait presque identique pour un personnage masculin. D’ailleurs, ses deux collègues n’obtiennent aucune considération du patron et transfèrent parfois ses foudres sur leur subordonnée. Fin de la parenthèse.

Kitty Green a volontairement choisi de se concentrer sur une seule journée — nous pouvons aisément imaginer la charge mentale qui augmente si tous les jours se ressemblent…

La cinéaste a aussi préconisé une mise en scène, souvent en plans fixes assez longs, qui s’attarde patiemment à illustrer la tension des lieux, cette peur diffuse de commettre le faux geste qui peut valoir un congédiement. Mes enfants diraient qu’il ne se passe rien dans le film. C’est voulu. Et très réaliste.

Ce pari presque insensé tient la route grâce à la performance remarquable de Julia Garner (Grandma, 2015). La jeune actrice, de presque tous les plans, doit réussir à véhiculer une gamme d’émotions assez violentes (l’anxiété, la détresse, l’humiliation, le dégoût…) sans jamais qu’il n’y paraisse vraiment — elle doit maintenir sa contenance pour que personne ne puisse y percevoir une forme de faiblesse… Garner y arrive d’admirable façon, à fleur de peau.

Un personnage très humain, qui fera même une tentative, vouée à l’échec, pour dénoncer son supérieur. Avec une part d’ambiguïté aussi : Jane craint que les jeunes femmes qui défilent dans le bureau lui prennent son travail d’assistante… Malgré tout.

La fin ouverte permet au spectateur de se poser cette terrible question : que ferait-il à la place de Jane ?

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : L’assistante

Genre : Drame psychologique

Réalisatrice : Kitty Green

Acteurs : Julia Garner, Matthew Macfadyen, Kristine Frøseth

Classement : Général

Durée : 1h27

On aime : la subtile dénonciation. Le minimalisme du récit qui en dit long. Le jeu en retenu de Garner.

On n’aime pas : l’aspect un peu caricatural.