Trois générations féminines se côtoient, pour le meilleur et pour le pire, dans «Jouliks» de Mariloup Wolfe.

Jouliks: «L’amour au temps de la liberté» *** 1/2

CRITIQUE / Ils sont beaux, jeunes, amoureux fous et (presque) totalement libres. Évidemment, le bonheur de ces Jouliks (voyous en russe) dérange. Surtout dans le Québec rural du milieu des années 1970. Ça finira mal — mais ça, on le sait dès le départ dans ce drame brillant et touchant signé avec beaucoup d’aplomb par Mariloup Wolfe.

Son deuxième long métrage, après Les pieds dans le vide (2009), débute avec l’arrivée d’une ambulance. Un policier retire les corps de Véra (Jeanne Roux-Côté ) et de Zak (Victor Andrés Trelles-Turgeon) du caveau où ils se sont noyés. La caméra recule et s’élève, révélant Yalla (Lilou Roy-Lanouette) qui court loin du malheur.

Un long retour en arrière permettra à l’enfant de sept ans de narrer la passion dévorante de ses parents. Le couple élève et éduque leur fille en marge des convenances et des idées reçues. Peu à peu, le voile se lève sur cette vie qui s’écoule au rythme de la pluie et des saisons pour en révéler les tremblements liés au choc des cultures — il est Rom, elle est Québécoise —, choc qui sert de moteur narratif.

Le spectateur va aussi constater que l’orage s’approche, sous la forme des parents de Véra (Christiane Pasquier et Michel Mongeau), qui a violemment rejeté sa mère à 16 ans. Leur arrivée va ébranler la dynamique familiale...

Jouliks explore également les contradictions inhérentes au désir de liberté, presque absolu, qui anime les personnages — et qui vient avec un coût.

Les passages de Mariloup Wolfe comme réalisatrice de séries télévisées ont donné des dividendes. La cinéaste propose une vision claire et bien orchestrée du drame. Pas besoin de mouvements vertigineux, mais une caméra attentive, avec juste assez de mobilité traduisant bien le point de vue de Yalla sur les évènements.

La réalisatrice a eu la chance de pouvoir compter sur un magnifique scénario. Marie-Christine Lê-Huu a adapté sa pièce, qui donne une belle place aux dialogues poétiques et finement ciselés, en conservant le point de vue de la petite sur l’amour fou de ses parents.

Il y a du Ducharme dans cet angle des fantasmagories de l’enfance, ainsi qu’une forte exploration des dynamiques familiales, à la fois universelles et profondément québécoises, qui rappellent les pièces de Michel Tremblay et de Michel Marc Bouchard.

Du matériel de premier ordre dont Wolfe a su garder la puissance évocatrice, mais aussi la subtilité émotive. Certaines scènes sont à fendre le cœur (dont le regard à la caméra de Yalla, à la 400 coups de Truffaut).

Il faut d’ailleurs souligner, à ce propos, la qualité d’interprétation de toute la distribution. À commencer par Lilou Roy-Lanouette, d’un naturel confondant en petite sauvageonne avec de l’attitude. Ensuite, Jeanne Roux-Côté et Victor Andrés Trelles-Turgeon, magnifiques en amoureux fous : beaucoup de sensualité, d’animalité et de force de caractère. On y croit.

Les scènes où le spectateur voit Zak à Toronto sont superflues, même si elles sortent des murs de la maison (ce n’est pas un huis clos, mais on sent les efforts pour donner de l’air).

Jouliks s’avère une belle réussite. Au-delà du récit poignant et tragique, il explore avec beaucoup d’à propos des thèmes importants (liberté, passion, éducation, cadre social et familial…) et, surtout, les déterminismes de l’enfance sur notre vie d’adulte...

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Jouliks

Genre : Drame

Réalisatrice : Mariloup Wolfe

Acteurs : Lilou Roy-Lanouette, Jeanne Roux-Côté, Victor Andrés Trelles-Turgeon

Classement : Général

Durée : 1h54

On aime : le récit poignant. Les thèmes abordés. La solide distribution. La belle touche à la réalisation.

On n’aime pas : —