Philippe Falardeau verra son film My Salinger Year projeté en ouverture du Festival international du film de Berlin.

Falardeau fier d’ouvrir la Berlinale avec un film au féminin

MONTRÉAL — Le cinéaste Philippe Falardeau dit accueillir avec beaucoup d’humilité et de fierté l’annonce de la projection de son film My Salinger Year en ouverture du Festival international du film de Berlin, le 20 février, en première mondiale.

Le réalisateur originaire de Gatineau a dit avoir «pris la mesure» de ce que cela représentait en constatant la liste de réalisateurs en ouverture de la Berlinale ces dernières années comme les frères Joel et Ethan Coen, Wes Anderson, Isabel Coixet et Wong Kar Wai.

Philippe Falardeau avait appris précédemment qu’il avait été sélectionné dans la nouvelle section Berlinale Special Gala, réservée à des productions de prestige présentées hors compétition.

Le scénario de My Salinger Year, qui est une production canado-irlandaise, est inspiré d’un roman autobiographique du même titre de l’écrivaine américaine Joanna Rakoff.

Le réalisateur de Monsieur Lazhar et de Guibord s’en va-t-en guerre a indiqué en entrevue qu’il cherchait depuis longtemps une façon de raconter une histoire du point de vue d’une femme, et qu’il a été attiré par ce personnage féminin dans le début de la vingtaine avec des «rêves» et des «choix importants à faire».

Un livre touchant

«Ce livre-là m’avait beaucoup touché. Il parle d’une période de la vie que l’on expérimente tous, le début de la vingtaine avec nos rêves, on doit faire des choix importants. Ça a une résonance par rapport à moi, ce que j’ai vécu, je travaillais en science politique et j’ai bifurqué vers le cinéma», a confié le réalisateur dans la cinquantaine.

Le film décrit le monde littéraire de New York des années 1990 en s’attardant à une femme rêvant de devenir écrivaine qui réussit à se faire embaucher comme assistante de l’agente littéraire de l’écrivain américain J. D. Salinger.

Philippe Falardeau ne tarit pas d’éloges par rapport la distribution de son film, avec comme pivot central «deux femmes fortes de générations différentes».

Concernant la jeune femme dans le rôle principal, l’actrice Margaret Qualley, qui a joué dans le dernier film de Quentin Tarantino Il était une fois à... Hollywood, le réalisateur québécois en parle comme de sa muse.

«Il s’agit d’une jeune actrice montante qu’on va voir beaucoup, beaucoup, beaucoup dans le futur. Dans une perspective féminine, il y avait d’autres choses qui avaient retenu son attention dans le récit, et j’ai réécrit le scénario en tenant compte de ça», a-t-il souligné.

Sigourney Weaver

Philippe Falardeau parle aussi d’une rencontre «magnifique» avec Sigourney Weaver à New York, et souligne à quel point son rôle dans les films Alien avait été marquant.

«Les personnages dans les films d’action dans les années 1970, c’était exclusivement mâle, et tout d’un coup, on se retrouvait dans un film de science-fiction, d’action, quasi-horreur, avec un personnage féminin qui ne faisait pas juste crier et avoir peur, mais qui devenait l’héroïne. [Sigourney] Weaver a donné naissance à un nouveau genre de rôle de cinéma mondial pour les femmes, et a joué par la suite dans des films qui m’ont beaucoup touché, comme The Ice Storm d’Ang Lee», a-t-il fait valoir.

Théodore Pellerin

Et il y a le Québécois Théodore Pellerin (Chien de garde, Boy Erased) dans un rôle secondaire, une «pierre précieuse aérodynamique», affirme le réalisateur.

«Je pense que ça ne m’était jamais arrivé comme réalisateur, mais j’ai essayé de tout mettre ce que j’ai tourné avec lui, tellement c’était bon», a-t-il confié.

My Salinger Year est déjà vendu à plusieurs pays, et la présence à Berlin pourrait aider à rejoindre les marchés de l’Allemagne, de la France et des États-Unis, a dit croire Philippe Falardeau. Le film a été coproduit par les firmes micro—scope, de Montréal, et Parallel Films, d’Irlande.

Le directeur artistique du festival de Berlin, Carlo Chatrian, a salué l’humour du long métrage, les liens qu’il tisse avec l’époque actuelle et le rôle de l’art dans la vie quotidienne des gens.

À la Berlinale en 2009, «C’est pas moi, je le jure» s’était vu remettre l’Ours de Cristal et le Grand prix du jury international, deux récompenses attribuées au meilleur film de la section Generation Kplus.

Pour Philippe Falardeau, My Salinger Year est un film foisonnant, «plein d’idées», «très, très ludique», «qui me ressemble plus que peut-être mes deux ou trois derniers films».

Compter sa chance

«J’ai toujours été un peu désinvolte. Et c’est une bonne chose parce que rendu à 51 ans, j’ai une autre sélection qui est importante, et puis je le prends avec plus d’humilité que jamais, je sais que ça se reproduira pas, je sais que c’est majeur et je sais que je dois compter ma chance», a-t-il soutenu.

Outre cette présence à Berlin, il dit développer des projets de série, notamment une fiction écrite par Florence Longpré (M’entends-tu).

«Les projets de long métrage sont plus flous, mais le plus gros projet de ma vie depuis trois ans, c’est ma fille. Je prends beaucoup soin d’elle et cela m’a fait accepter de ralentir la production de films», a-t-il affirmé.