La réalisatrice Jessica Hausner et l'actrice Emily Beecham, du film Little Joe.

Des fleurs Frankenstein à Cannes!

CANNES — Programmer un festival ressemble à de la prospection. Il faut filtrer quantité de films dans l’espoir de trouver une pépite. Le critique, lui, est chargé d’évaluer la quantité de la marchandise. Au Festival de Cannes, il s’attend à trouver des longs métrages de première qualité. Il lui arrive tout de même de se gratter la tête en se demandant si on n’essaie pas de lui refiler de l’or des fous.

L’or des fous, c’est le nom qu’on donnait à la pyrite à l’époque. Ça brille, mais ça n’a pas la même valeur. C’est un peu le cas des longs métrages de la compétition que j’ai vus samedi. Cela dit sans méchanceté.

Prenons Little Joe de Jessica Hausner (Amour fou), qui accède à la conquête de la Palme d’or après trois présences à Un certain regard. La prémisse était franchement prometteuse. Évoquer les manipulations génétiques en revisitant le mythe de Frankenstein avec… des fleurs! Mais ce long métrage désincarné et poussif n’a pas réussi à me convaincre.

Alice (Emily Beecham) est une bourreau de travail monoparentale qui néglige son fils Joe (Kit Connor) pour se consacrer à son bébé : une plante expérimentale dont le parfum rend les gens heureux en agissant comme un antidépresseur (un bon flash sur nos sociétés déprimées). Qu’elle nommera Little Joe, peut-être pour compenser puisqu’elle se sent coupable de négliger sa progéniture.

Évidemment, on ne joue pas impunément à Dieu. En stérilisant la plante pour éviter qu’elle se reproduise, la chercheuse déclenche une réaction imprévue. Ceux qui en respirent le pollen perdent leur empathie. Ils n’ont plus qu’une seule idée en tête : protéger la plante des gens susceptibles d’arrêter l’expérience… À commencer par Joe, contaminé après que sa mère eut amené une fleur à la maison, au détriment des règles de sécurité les plus élémentaires.

À parti de ce moment, Alice va éprouver des doutes. Est-ce elle qui perd un peu les pédales et devient paranoïaque ou bien sont-ce les autres dont la personnalité a été légèrement altérée?

Les choix de mise en scène d’Hausner ne m’ont pas convaincu. La protégée de Michael Haneke (Amour, Le ruban blanc) a préconisé un jeu distancé et un rythme lent, avec une musique dissonante, ce qui finit par être agaçant. Sans parler du fait que sa protagoniste principale, une introvertie timide et anxieuse, n’est pas particulièrement sympathique.

* * *

Dans le cas du Lac aux oies sauvages, on peut penser que des considérations géopolitiques ont pesé lourd dans la balance. Contrairement à d’habitude, il n’y a pas de films asiatiques dans la compétition. On attendait le nouveau Hirokazu Kore-eda, gagnant de la Palme d’or l’an passé avec le splendide Une histoire de famille. Pas là. De toute façon, le Japonais a tourné en France. On soupçonne donc les responsables de la programmation de s’être rabattus sur le drame policier de Diao Yinan (Ours d’or à Berlin en 2014 pour Black Coal).

Ce n’est pas mauvais du tout, mais pas du calibre de la compétition. Le principal intérêt de ce film chinois est qu’il est chinois. Comprendre on y voit une réalité qui nous est passablement étrangère. D’autant qu’il se déroule dans une région rurale et qu’il met en scène des bandits de petits chemins voleurs de motos.

L’un d’eux abat par erreur un policier, déclenchant une énorme chasse à l’homme. Il reçoit l’aide inattendue d’une prostituée. Mais la paire est coincée entre la police et un autre gang qui cherche à éliminer le fugitif.

La réalisation de Diao Yinan est terriblement efficace. Sauf que son polar ne se distingue pas du lot, mis à part son exotisme.

* * *

Petit samedi pluvieux à Cannes. Un temps idéal pour s’enfermer dans une salle de cinéma. J’en ai profité pour m’écarter un peu de la compétition en allant voir Jeanne de Bruno Dumont, dans la section Un certain regard.

Toujours aussi radical, le réalisateur de La vie de Jésus. Ce long métrage est la suite de Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc présenté à Cannes en 2017. Une quête de la foi qui se déroule au rythme de l’époque. C’est leeeeeeeent, mais pas inintéressant.

La moitié de la salle est partie. Je suis resté jusqu’à la fin. Un petit fond masochiste, j’imagine.

On a vu

Little Joe
Jessica Hausner
** 1/2

Le lac aux oies sauvages
Diao Yinan
***

Jeanne (Un certain regard)
Bruno Dumont
***

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.