Karen (Otmara Marrero), en peine d'amour, va tomber sur la mystérieuse Lana (Sydney Sweeney).
Karen (Otmara Marrero), en peine d'amour, va tomber sur la mystérieuse Lana (Sydney Sweeney).

Clementine: Le fruit défendu du désir ***

CRITIQUE / Le désamour se révèle une source inépuisable d’inspiration et peut se renouveler quand il explore une perspective méconnue. Par exemple, un couple avec un partenaire beaucoup plus vieux, mais impliquant deux femmes. Dont la plus jeune va recréer le même modèle avec une mystérieuse ado… Il y a du Lolita là-dessous — en moins sulfureux.

Clementine s’ouvre avec une courte vidéo, en gros plan, où Karen (Otmara Marrero) est réveillée par son amoureuse, D. Un bonheur perdu… Désemparée et en colère, la jeune femme quitte Los Angeles pour la résidence secondaire de son ex, située sur le bord d’un lac.

Entrée par effraction, elle découvre peu après la mystérieuse Lana (Sydney Sweeney), qui prend un bain-de-soleil sur le quai. Elle a le charme et la candeur de ses 19 ans, qui s’opposent au désarroi de Karen, elle qui se débat avec la peine de sa rupture et son lâcher-prise.

Son sentiment de solitude est exacerbé par l’isolement du lieu, au milieu des arbres. La réalisatrice Lara Jean Gallagher multiplie d’ailleurs les plans de nature (la photo d’Andres Karu est magnifique) et mise sur les bruits de celle-ci (pépiements des oiseaux, vent dans les branches) pour créer un climat intimiste.

Leur apprivoisement mutuel n’est pas sans rappeler celui exploré par Céline Sciamma dans Portrait de la jeune fille en feu — la grâce en moins. Clementine joue aussi sur la tension de la montée du désir inavouée (et inavouable) entre Karen et Lana, mais la cinéaste peine à établir une réelle fascination pour le spectateur.

Beaucoup de scènes se déroulent en pleine nature.

On comprend que Karen reproduit la même relation dominante dominée, mentor-pupille, qu’elle vient de vivre, forme d’exutoire inconscient. Mais les apparences sont parfois trompeuses.

Et, malheureusement, le scénario prend une tournure inattendue et peu crédible lorsque Karen endosse le rôle de vengeresse envers deux hommes qui auraient abusé de Lana.

Comme souvent dans un premier long métrage, même dépouillé comme celui-ci, Lara Jean Gallagher a cherché à multiplier les thèmes et s’est éparpillé. Qui trop embrasse mal étreint.

Ce récit d’apprentissage, autant drame psychologique que suspense, aurait gagné à porter sa proposition plus loin, dans un sens ou dans l’autre, plutôt que de miser sur la retenue. Clementine s’avère un film pudique à bien des égards et manque de charge érotique.

Reste que Lara Jean Gallagher se révèle douée dans sa capacité de créer un climat avec un minimum d’effets. Et elle réussit tout de même à évoquer avec bonheur le pouvoir de séduction qui s’établit parfois rapidement entre deux personnes, mais aussi sa nature changeante.

Les performances d’Otmara Marrero et, surtout, Sydney Sweeney (La servant écarlate) parviennent à maintenir l’intérêt.

Clementine a connu sa première mondiale l’an dernier au Festival de Tribeca. Sa sortie ayant été compromise par la pandémie, le long métrage est offert virtuellement dans quelques cinémas «art et essai» en Amérique du Nord. Au Québec, on peut le visionner sur la plate-forme du cinéma du Parc, seulement en version originale anglaise.

Au générique

Cote : ***

Titre : Clementine

Genre : Drame psychologique

Réalisatrice : Lara Jean Gallagher

Acteurs : Otmara Marrero, Sydney Sweeney

Durée : 1h30