Le film analyse les inégalités grandissantes dans la répartition des richesses.
Le film analyse les inégalités grandissantes dans la répartition des richesses.

Capital in the Twenty-First Century : L’économie pour les nuls ****

CRITIQUE / Certains souhaitent que la pandémie actuelle mène vers une mondialisation plus centrée sur l’égalité et la fraternité que la recherche avide de la richesse. Capital in the Twenty-First Century nous permet d’en douter fortement. À tout le moins, le brillant et percutant documentaire, qui vulgarise trois siècles de capitalisme débridé, offre d’en comprendre les tenants et les aboutissants.

Comme le titre l’indique, le long métrage est basé sur Le capital au XXIe siècle, l’essai à succès de Thomas Pikett. Il stipule que les inégalités grandissantes dans la répartition des richesses (symbolisé par les 1 % qui détiennent deux fois la richesse de 92 % de la population) sont une menace pour les démocraties et favorisent la mise en place de systèmes répressifs. Les oligarques utilisent leur argent pour s’acheter de l’influence partout dans le monde...

L’économiste français y tient le haut du pavé, mais pas seulement. Le réalisateur Justin Permberton donne aussi la parole à un ex-chef économiste du Fonds monétaire international (Simon Johnson); à des essayistes aguerris (Ian Bremmer, Rana Forooher); à des politologues reconnus (Francis Fukuyama); à des universitaires prestigieux (Kate Williams, Joseph Stiglitz)...

Le propos n’a pourtant rien de rébarbatif, bien au contraire. L’équivalent livresque porterait probablement le titre L’économie pour les nuls. Parce qu’il s’agit d’un exercice de synthèse admirable et rigoureux, mais aussi parce que son réalisateur n’a pas hésité à puiser dans la culture populaire pour l’illustrer.

Des exemples? Le fameux monologue «Greed is good» de Gordon Gecko dans Wall Street (Oliver Stone, 1987) pour démontrer où la crise financière de 2008 a pris naissance. Qu’il fait suivre d’un extrait des Simpsons afin de souligner que les gens ordinaires sont passés sous le rouleau compresseur pendant que les banquiers s’enrichissaient. Ou une scène du classique Les Raisins de la colère (John Ford, 1940), qui reflète la même chose, mais lors du krach de 1929…

Le long métrage remonte au XVIIIe siècle, mais il est fortement ancré dans l'époque actuelle.

Pour arriver à contextualiser le capital au XXIe siècle, le film remonte aux aristocrates, les 1 % du XVIIIe siècle, qui léguaient leur fortune en héritage. S’ensuit un éloquent exposé qui démontre comment le colonialisme — un pillage des ressources des pays exploités — a conduit à la Première Guerre mondiale puis à la Seconde. «It’s the economy, stupid», comme disait l’autre.

Les entrevues basculent souvent en surimpression d’images d’archives éloquentes, portées par un travail de montage remarquable, sans véritable temps mort, et une trame sonore évocatrice (Think d’Aretha Franklin, 9 to 5 de Dolly Parton…). Sans oublier des images obscènes de richesse!

Tout ça nous mène évidemment aux GAFAM (l'acronyme des géants du Web — Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), aux paradis fiscaux, aux sociétés-écrans, à la montée de la Chine et à l’exploitation des particuliers par l’entremise de la soi-disant économie participative.

On se rend compte, finalement, que les temps ne changent guère (désolé, Bob Dylan) : la richesse se transmet (encore et toujours) par héritage. Ces nantis ont l’argent pour rester au sommet sans investir dans la création d’emplois. Dans les 300 dernières années, le taux de rendement (4 %) est, en moyenne, largement supérieur au taux de croissance (1,6 %).

Il existe des solutions pour entrer dans un XXIe siècle post-capitaliste: sanctions contre les pays qui favorisent l’évasion fiscale; une taxe sur les profits des pays où le profit est réalisé; un impôt progressif sur le capital; une taxe sur la prospérité…

Pas sûr que ce sera de grosses priorités avec la crise économique qui s’en vient.

Capital in the Twenty-First Century est offert à la location en version originale anglaise et en version sous-titrée en français sur la plateforme du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote: ****

Titre: Capital in the Twenty-First Century

Genre: Documentaire

Réalisateur: Justin Pemberton

Durée: 1h44