Terrence Malick n'était pas là, comme d'habitude, pour la montée des marches, mais les acteurs Valerie Pahner et August Diehl étaient là pour représenter Une vie cachée.

Cannes : Malick retrouve sa touche magique

CANNES — Terrence Malick est capable du meilleur comme du pire. Après sa Palme d’or pour «L’arbre de la vie», en 2011, on se demandait sérieusement si le réalisateur américain avait perdu sa touche magique. Avec le magistral «Une vie cachée» présenté dimanche au 72e Festival de Cannes, la réponse est clairement non.

Le 7e art existe encore. Si, si. On en a eu la preuve avec le drame historique de Malick. C’est pour ce genre de film éblouissant que ce festival est une bénédiction. Même si le réalisateur s'est transformé en fantôme, comme d'habitude, pour la montée des marches.

Une vie cachée (A Hidden Life) débute avec des images d’Hitler. Nous sommes en 1939. Franz Jägerstätter (August Diehl) mène une vie idyllique avec sa femme Fani (Valerie Pahner) et leurs trois jeunes filles. La caméra épouse les magnifiques paysages montagneux…

Les Autrichiens doivent prêter serment d’allégeance au führer que Frantz considère comme l’Antéchrist. Il redoute le moment où il sera appelé sous les drapeaux. Il devient objecteur de conscience, malgré le mépris de tous les habitants de son petit village. Sa résistance lui vaut d’être emprisonné. Sa famille paie le gros prix. Ostracisés, ils deviennent des parias.

Le superbe long métrage de Malick est inspiré d’une histoire vraie (l’Église catholique a béatifié Jägerstätter en 2007). Il propose une réflexion sur la foi, pas celle de la religion des hommes qui sert ses intérêts plutôt que la morale, mais sur l’intime conviction intérieure que le bien doit prévaloir sur le mal. Et qu’avec cette certitude vient des impératifs. Dont celui de se tenir debout, peu importe les conséquences.

Une vie cachée se déroule il y a 80 ans. Il n’en est pas moins d’une terrible actualité. Quand le maire du village laisse tomber son masque et dévoile son visage de fasciste, Frantz refuse d’adhérer à son discours raciste sur les immigrants et la «pureté» de la race. Avec le soutien et l’amour indéfectible de sa femme. Malgré les humiliations et les tortures. Il sera d’ailleurs exécuté par le régime nazi.

Mieux vaut subir l’injustice que de la commettre.

* * *

Antonio Banderas, formidable dans Douleur et gloire d’Almodóvar, n’a qu’à bien se tenir. Il a de la compétition pour le prix d’interprétation. August Diehl est saisissant et incandescent dans la peau de cet homme qui refuse de renoncer à ses convictions dans Une vie cachée.

Du côté féminin, c’était plutôt tranquille jusqu’à maintenant, mais Adèle Haenel et Noémie Merlant forment un superbe duo dans Portrait de la jeune fille en feu. Je les verrais bien enlever un prix conjoint dans le film de Céline Sciamma, où elles interprètent une peintre et son modèle qui succombent à l’amour au XVIIIe siècle. Un film sensuel, avec une belle retenue.

Adèle Haenel et Noémie Merlant avec la réalisatrice de «Portrait de la jeune fille en feu», Céline Sciamma.

On a vu

Une vie cachée
Terrence Malick
****

La Gomera
Corneliu Porumboiu
** 1/2

Portrait de la jeune fille en feu
Céline Sciamma
***

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Les frais de ce reportage sont payés en partie par le Festival de Cannes.