Adam «Ad-Rock» Horovitz et Mike «Mike D» Diamond se retrouvent devant un auditoire conquis au Kings Theatre de Brooklyn pour évoquer leur illustre carrière.
Adam «Ad-Rock» Horovitz et Mike «Mike D» Diamond se retrouvent devant un auditoire conquis au Kings Theatre de Brooklyn pour évoquer leur illustre carrière.

Beastie Boys Story: original et décoiffant ****

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Les iconoclastes Beastie Boys méritaient un documentaire à l’image de leur carrière extravagante. Ils y ont presque eu droit avec l’original et décoiffant Beastie Boys Story de Spike Jonze. Le réalisateur de Dans la peau de John Malkovich et Her a opté pour une captation en direct qui relate les hauts faits (et débauches) de ces pionniers avant-gardistes du rap.

La symbolique est évidente : refaire monter sur scène les membres survivants du célèbre trio. Adam «Ad-Rock» Horovitz et Mike «Mike D» Diamond n’ont plus donné de spectacles depuis le décès d’Adam «MCA» Yauch en 2012.

Après un montage percutant sur l’air de Sabotage en introduction, le duo se retrouve devant un auditoire conquis au Kings Theatre de Brooklyn (évidemment!) pour évoquer le début de leur carrière (à 16 ans!), alors qu’ils forment un groupe de hardcore, jusqu’aux plus hauts sommets de la renommée mondiale.

Les deux rappeurs ont l’habitude de jongler avec les mots en public — et ça paraît. On a même droit à quelques improvisations qui sortent du scénario prévu ! On retrouve l’énergie du stand-up comique alors qu’ils arpentent la scène, filmés par les multiples caméras de Jonze (qu’on entend interagir avec les rappeurs à quelques reprises).

Sur l’écran géant, situé à l’arrière-scène, défilent photos, extraits de vidéos et d’entrevues. Les anecdotes se succèdent. Exemple : le trio a joué en première partie de Madonna avant même leur premier album Licence to Ill (1986).

On peut d’ailleurs reprocher au documentaire de s’étendre en long en large sur les débuts des Beastie Boys — la moitié du film—, au détriment de la période plus récente. Le groupe fait l’impasse sur To the 5 Boroughs (2004), pourtant leur album le plus accompli avec Paul’s Boutique (1989).

Les Beastie Boys sur scène en 2004, dans la foulée du lancement de <em>To the 5 Boroughs</em>.

Le long métrage rappelle évidemment, dans sa forme, le célèbre La dernière valse, filmé par Martin Scorsese lors du spectacle d’adieu de The Band en 1978. Bien qu’il manque l’énergie musicale en direct.

Ce qui est compensé par le talent de raconteurs d’Horowitz et de Diamond. Et par leur humour caustique — on rit beaucoup. Sauf qu’on ne s’attendait pas à ce que l’émotion soit aussi vive. La dernière partie se veut un hommage, mérité et senti, au regretté Adam Yauch, mort du cancer, ainsi qu’une ode à l’amitié.

Même après huit ans, Horowitz ne peut retenir ses larmes quand il évoque le génie créatif et l’humanisme de son complice pendant plus d’une trentaine d’années.

L’association entre les Beastie Boys et Spike Jonze remonte également à loin (il a réalisé la vidéo parodique de Sabotage). Et coule de source. On peut se surprendre, le connaissant, que la trame narrative se déroule de façon aussi linéaire.

Mais il semble évident que la production a voulu rejoindre le plus grand nombre plutôt qu’un public pointu de connaisseurs. Un film de deux heures ne peut, en aucun cas, circonscrire leur riche épopée.

Beastie Boys Story réussit néanmoins à évoquer l’émergence du rap dans les milieux marginaux new-yorkais au début des années 1980. En soi, les extraits de cette époque ont une valeur sociohistorique indéniable.

Et ce qui importe réellement, c’est que le documentaire fait la belle part à la musique des Beastie Boys. Le spectateur en a plein les yeux et les oreilles.

Beastie Boys Story est disponible sur le site d’Apple TV+

Au générique

Cote : ****

Titre : Beastie Boys Story

Genre : Documentaire

Réalisateur : Spike Jonze

Durée : 2h00