Stan Hurst (Tim Guinee), journaliste local à Peachland, couvre un feu qui fait rage à proximité de son village idyllique de la Colombie-Britannique.
Stan Hurst (Tim Guinee), journaliste local à Peachland, couvre un feu qui fait rage à proximité de son village idyllique de la Colombie-Britannique.

Ash: Cet homme est-il un monstre ? *** 1/2

CRITIQUE / Comment se sent-on lorsqu’on découvre que le père de son meilleur ami est accusé de pédophilie? Andrew Huculiak a décidé de transformer une expérience personnelle en un drame aussi perturbant sur le plan intellectuel qu’émotif avec Ash, film qui démontre autant de qualités artistiques que de perspectives. Le genre de long métrage qui ne laisse personne indifférent...

Le réalisateur canadien prend la peine de bien circonscrire le propos. Stan Hurst (Tim Guinee), journaliste local à Peachland, couvre un feu qui fait rage à proximité de son village idyllique de la Colombie-Britannique.

Les images de l’élément destructeur, souvent spectaculaires, nous plongent au cœur de la frénésie du reporter. À peine quelques trucages : les acteurs ont tourné alors que la vallée de l’Okanagan était encore menacée par un vrai feu.

Ses récits sur l’héroïsme des pompiers, en particulier leur chef Terry (Eric Keenleyside), un ami, attirent l’attention de la CBC. L’entrevue que donne Stan, en direct, révèle ses limites. Trop nerveux, il cafouille et perd sa chance de notoriété. Une déception qu’il partage avec sa femme (Chelah Horsdal) qu’il adore — et c’est mutuel. Il dresse le bilan d’une vie qui n’a pas livré ses promesses.

Le 1er juillet, alors que tous sont occupés à fêter, la police se présente au domicile du couple. Le sol se dérobe sous les pieds de Gail : Stan a clavardé avec un agent double la veille, on le soupçonne de possession de matériel lié à la pédophilie…

Le sol se dérobe sous les pieds de Gail (Chelah Horsdal) : son mari a clavardé avec un agent double, on le soupçonne de possession de matériel lié à la pédophilie…

Ash nous entraîne alors dans les méandres des pensées obsessives d’un homme englouti par la noirceur… De voisin maladroit aimé de ses concitoyens, il devient soudainement un paria.

Le feu qui brûle aux portes de Peachland se veut une métaphore de ce qui consume Stan Hurst. Et qui ne laisse que des cendres comme l’indique le titre. Il faut d’ailleurs voir cette scène très forte où l’homme se mortifie en se couvrant de cendres dans les bois!

L’approche du réalisateur de Violent (2014), dénuée de tout jugement devant un sujet polarisant, n’est pas sans rappeler celle de Lynne Ramsay pour l’excellent Il faut qu’on parle de Kevin (2011). Le film interpelle le spectateur et le force à se confronter à ses préjugés et à ses tabous.

L’utilisation de longs plans, souvent à distance pour éviter la surcharge émotive, induit une forme d’objectivité qui permet une réflexion sur ce qui se déroule à l’écran. Il faut aussi souligner le formidable travail sur le son et le jeu de Guinee (Iron Man 2) et Horsdal (La Montée de la planète des singes), totalement crédibles.

Évitons de trop en dire sur ce remuant film qui gagne en force d’impact alors qu’il nous entraîne dans son récit. La fin ouverte en laissera plus d’un songeur. Que doit-on penser de ce récit? Cet homme est-il un monstre?

Ash est disponible sur iTunes et plusieurs sites de vidéo sur demande.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Ash

Genre : Drame

Réalisateur : Andrew Huculiak

Acteurs : Tim Guinee, Chelah Horsdal, Eric Keenleyside

Durée : 1h38