L’actrice Annabella Sciorra à la sortie du tribunal de Manhattan, jeudi.
L’actrice Annabella Sciorra à la sortie du tribunal de Manhattan, jeudi.

Annabella Sciorra raconte comment Weinstein l’a violée

Tom Hays
Associated Press
Jennifer Peltz
Associated Press
Michael Sisak
Associated Press
NEW YORK — L’actrice Annabella Sciorra a confronté Harvey Weinstein, jeudi, à la barre des témoins, disant au jury, d’une voix tremblante, que le costaud producteur avait fait irruption dans son appartement au milieu des années 1990, l’avait maîtrisée, puis violée alors qu’elle tentait de le repousser à coups de pied et à coups de poing.

Elle soutient l’avoir confronté un mois plus tard, et il aurait répondu : «C’est ce que disent toutes les bonnes filles catholiques.» Puis, il se serait penché vers elle en ajoutant, sur un ton menaçant : «Cela doit rester entre toi et moi.»

«J’ai cru qu’il allait me frapper», a déclaré au jury Mme Sciorra, qu’on a pu voir notamment dans la série télévisée Les Soprano.

Dans les années 1990, Weinstein lui a envoyé par courrier des Valium et une boîte de pénis en chocolat, a-t-elle raconté. Il s’est aussi présenté tôt un matin à la porte de sa chambre d’hôtel au Festival de Cannes, «en sous-­vêtements, avec une bouteille d’huile pour bébé dans une main et une cassette vidéo dans l’autre». Il serait finalement parti lorsqu’elle a commencé à appuyer frénétiquement sur les touches du téléphone de sa chambre pour appeler à l’aide.

L’actrice de 59 ans est devenue la première femme à témoigner au procès de Weinstein pour viol. Le magnat du cinéma, dont la chute brutale a donné naissance au vaste mouvement #MeToo, est accusé à New York d’avoir agressé sexuellement l’ancienne assistante de production Mimi Haleyi dans son appartement en 2006, et d’avoir violé une actrice en herbe dans une chambre d’hôtel en 2013. Il pourrait être condamné à la prison à vie.

Portrait type du prédateur sexuel

Harvey Weinstein, âgé de 67 ans, n’est pas accusé d’avoir agressé Annabella Sciorra, puisqu’il y a prescription dans son cas —les faits allégués se seraient déroulés en 1993 ou 1994. Mais l’actrice fait partie des quatre autres présumées victimes que les procureurs ont l’intention d’appeler à la barre pour montrer que le puissant producteur hollywoodien avait un comportement général de prédateur sexuel. Weinstein, lui, plaide les relations consensuelles.

Disant briser un secret gardé pratiquement enfoui pendant des décennies, Mme Sciorra a raconté jeudi qu’après l’avoir violée, Weinstein avait continué à essayer de pratiquer le sexe oral sur elle, en lui disant : «Ça, c’est pour toi.»

Contre-interrogatoire

La défense a tenté de semer des doutes sur le récit de Mme Sciorra. En contre-interrogatoire, l’actrice a donné une version légèrement différente de l’épisode où le producteur l’avait poussée sur son lit. «Il essayait en quelque sorte, d’une manière amicale, de me cajoler» pour avoir des relations sexuelles, a-t-elle dit. Mais elle a ensuite refusé et elle a tenté de le repousser.

L’avocate de Weinstein, Donna Rotunno, a par ailleurs souligné que l’actrice n’était jamais allée voir la police ou un médecin à la suite de ce viol présumé. «À l’époque, je ne comprenais pas que c’était un viol», a déclaré le témoin.

Me Rotunno a également suggéré que le jugement et la mémoire de Mme Sciorra pouvaient être altérés par l’alcool. Mais l’actrice a déclaré qu’elle n’avait pris qu’un verre de vin au dîner et qu’elle avait abandonné les Valium, une habitude qui s’était développée lorsque Weinstein lui a envoyé des comprimés.

Mercredi, dans sa déclaration d’ouverture, un autre avocat de Weinstein, Damon Cheronis, a soutenu que cette relation sexuelle était consensuelle, pas un viol. Il a plaidé que Mme Sciorra avait dit à un ami qu’elle «avait fait une folie et avait couché avec Harvey Weinstein».