Le troisième album de Cindy Bédard qui sera officiellement lancé le 13 mars à Saint-Tite révèle une auteure, compositrice et interprète en nette évolution.
Le troisième album de Cindy Bédard qui sera officiellement lancé le 13 mars à Saint-Tite révèle une auteure, compositrice et interprète en nette évolution.

Cindy Bédard: fragile et incassable

TROIS-RIVIÈRES — Il aura fallu 1400 jours, plus ou moins, pour que Cindy Bédard engendre un nouvel album. Quatre ans de vie, aussi dure que belle, cruelle que tendre, heureuse que souffrante. Le bonheur est ainsi fait. Il porte un titre: Après l’orage.

Plus qu’un album, c’est le récit d’un voyage sur une route aux multiples détours mais sans voie d’évitement. Un chemin qui s’appelle la vie et qui mène vers l’incomparable plénitude d’être soi-même. Une route universelle mais différente pour chacun bien que tous ne l’empruntent pas.

C’est tout cela que racontent les onze pistes de ce disque quand on sait décoder parce que l’auteure, compositrice et interprète n’a pas calculé en écrivant; elle a juste ouvert son cœur. Elle a mis des mots et des notes sur de la douleur, des ruptures, un bonheur retrouvé, de l’ennui, de l’espoir, un épanouissement. L’interprète chante six de ses propres chansons et cinq autres offertes par des artisans. «Ils ont mieux parlé de moi que je l’aurais fait moi-même», dit-elle pour justifier les ombres de Daniel Bélanger, Luc de LaRochellière, Andrea Lindsey, Éloi Painchaud, Paul Daraîche mais aussi Lucinda Williams, reprise incongrue dans ce bouquet d’inédits francophones. Un choix inattendu mais révélateur de l’endroit où est aujourd’hui l’artiste: elle se permet d’oser l’anglais et un folk bluesy et sensuel en duo avec Sam Tucker.

On ne peut pas dire qu’on ne reconnaît pas la Cindy Bédard de ses deux albums précédents. C’est incontestablement elle. Peut-être un peu plus qu’avant, en fait. Généreuse, authentique, mais plus femme, plus complexe, plus riche de quelque chose qu’il ne convient pas de décrire; ça se sent. Et franchement, c’est assez réjouissant.

«C’est un album qui résonne plus profondément en moi, explique-t-elle. C’est juste que je n’avais pas accès à cette partie-là de moi dans le passé. Mes deux premiers albums témoignaient d’une légèreté que j’aime toujours de moi mais je suis aujourd’hui plus riche d’expériences dont certaines ont été vraiment difficiles. Quatre ans, ça peut être long.»

Après l’orage est un fidèle témoin du cheminement de l’ancienne p’tite fille de Saint-Tite devenue femme. Certaines chansons ont jalonné son parcours comme Mon chum, née en studio il y a deux ans. Michel Bélanger de chez Audiogram et Rick Haworth étaient déjà du projet. «Ils savaient mieux que moi où je m’en allais. J’étais comme une boule d’émotions.» Lors d’une autre séance d’enregistrement, Bob Heaney, le coréalisateur, a dit, depuis la régie: «Si jamais j’entends des têtes penser, je pèse sur STOP.» Cindy et ses musiciens ont joué les chansons pour ce qu’elles étaient, pas pour ce qu’elles pouvaient vouloir dire. «C’était juste les histoires de ce que je vivais: la naissance de mon fils, une rupture amoureuse, un deuil, de l’amour.» Du country, en somme.

La famille élargie

Pour passer à travers certaines douleurs, elle avait besoin d’une famille autour d’elle. Il y avait la sienne, heureusement. Et puis, comme tombée du ciel, une autre, de musique celle-là, que lui a présentée Paul Daraîche. «Il m’a simplement appelée un jour pour me demander de faire partie de sa tournée de spectacles. Il m’a adoptée. Puis, il m’a écrit une chanson pour l’album.» Une chanson d’amour, Je ferai le tour du monde.

Autre présent inattendu: la chanson qui a donné son titre à l’album composée par Luc de Larochellière et Andrea Lindsay. «Luc m’a appelée en me disant qu’il avait une musique d’Andrea qui sonnait country et il a pensé à moi. On en a jasé au téléphone et à un moment donné, il a interrompu la conversation en me disant qu’il avait des paroles en train de s’écrire dans sa tête. Le soir même, la chanson était sur papier.» C’est une chanson plutôt grave, tendre et vraie. Elle n’aurait pas eu sa place dans le parcours de Cindy Bédard il y a quatre ans. Ici, elle est un phare qui éclaire tout le disque. Elle clôt l’album comme le regard qu’on jette sur un bout de chemin parcouru. Sur quatre années d’émotions qui font passer à l’âge adulte.

Que reste-t-il après l’orage? demande la chanson. Onze plages musicales et un pan de vie, répond l’artiste.

«En studio, quand est venu le moment de l’enregistrer, je ne la sentais pas, raconte Cindy Bédard, repentante. On s’est mis à jouer tous ensemble et il s’est passé quelque chose. On l’a enregistrée comme telle, en une prise. C’était tellement vrai. En la réécoutant plus tard, j’ai constaté qu’il y avait quelque chose de différent dans ma voix. Elle s’est placée d’elle-même en résonnant dans tout mon corps. Je suis plus groundée aujourd’hui et ça me fait chanter différemment.»

«Pour quelques chansons de l’album, on a choisi la première prise intégralement avec les imperfections qui donnent une couche de vérité. Ce qui est nouveau avec Après l’orage, c’est que je montre tous les côtés de ma personnalité. Mon implication est plus complète, plus forte. J’ai réussi à faire de bonnes chansons parce que je me révèle là-dedans. Je me suis rendu compte que je n’aurais pas su faire autrement: ma sincérité, c’est tout ce que j’ai à offrir.»

C’est beau. Elle avoue quand même un petit vertige aujourd’hui. Aller à la rencontre du public après la mise à nu, c’est un défi nouveau. Ceux qui lui sont fidèles depuis longtemps sauront-ils accepter la femme qu’elle est devenue? La comprendre? Il y a un doute, mais le doute, elle connaît, elle a appris à faire avec. «J’ai des trucs à assumer ouvertement et c’est vrai que ce n’est pas évident. Sur un album, en studio, ça va. Mais là, devant le public, c’est autre chose. Au fond, je sais qu’on a le droit d’assumer ce qu’on est au plus profond de soi. Même que cette rencontre avec soi-même, avec sa vérité intérieure, il faut célébrer ça: ça fait partie de la lumière. Bien sûr que c’est un gros engagement mais quelque part, je sais bien que je n’aurais pas été capable d’écrire autre chose que ce qu’il y a sur cet album. Reprendre une formule simplement pour plaire, ce n’est pas moi.»

Jusqu’ici, ceux qui ont écouté son album l’ont aimé. Ils l’ont aimée, elle. «Ce dont je parle, mes up et down des quatre dernières années est très intime mais c’est aussi universel. On est tous reliés les uns aux autres à travers ce qu’on ressent. Je suis sûre que ça peut rejoindre plein de monde mais que chacun peut capter les messages un peu différemment et c’est ben correct comme ça.»

Après l’orage fera l’objet de deux lancements distincts. Un à Montréal, le 11 mars et un autre à la Brasserie À la fût, de Saint-Tite, le 13 mars dans une formule 5 à 7.