Cindy Bédard

Cindy Bédard: femme de country

TROIS-RIVIÈRES — Cindy Bédard parle de sa carrière comme d’un long chemin avec sa longue portion de gravelle. Un parcours effectué un petit pas après l’autre. Elle semble oublier qu’elle n’a encore que 32 ans et qu’elle vit exclusivement de sa musique depuis trois ans. Dans le répertoire des carrières durables, c’est tout jeune et le cheminement de la fille de Saint-Tite a tout l’air d’être creusé pour de bon.

Depuis son dernier album, Coeur sédentaire, qui ne date que de 2016, Cindy Bédard a remporté le titre d’interprète féminine de l’année au Gala Country qui récompense les artistes country québécois, elle a multiplié les spectacles et décroché une place de guitariste et choriste dans le groupe qui accompagne le grand Paul Daraîche dans sa tournée québécoise en plus d’assurer la première partie des spectacles.

«C’est vrai que c’est bien parti, admet l’auteure, compositrice et interprète, comme si elle n’avait jamais envisagé la chose sous cet angle. Dans le monde du country, le public est très fidèle. Les gens ont appris à me connaître petit à petit grâce à des apparitions ici et là et je commence à être un visage connu. C’est du travail sur le long terme, il n’y a rien d’instantané là-dedans. C’est ça que je souhaite.»

Pour avoir assisté au gala de l’ADISQ en vertu de sa nomination pour l’album de l’année country en 2018, elle constate une différence profonde avec son univers musical. «Dans le country, on forme vraiment une grande famille et ce n’est pas qu’un cliché. La solidarité est différente de celle qu’on retrouve dans l’industrie de la musique en général. Dans le milieu du country, les gens partagent une fierté commune: tout le monde fait son métier avec coeur. Je n’ai rien contre l’ADISQ et j’étais super fière d’être en nomination mais ça m’a juste confirmé davantage que je suis une pure fille de country.»

Il y a, dans le ton de sa voix, autant de fierté que de résignation devant l’inéluctable. «Plus je vieillis, plus mes valeurs deviennent claires et je suis plus en amour que jamais avec le country même si c’est la musique qui a bercé toute ma vie. Ce n’est pas simplement un style musical, ce sont des valeurs humaines. C’est là-dedans que je me retrouve, que je suis bien, que je suis moi.» Le country existe avant la musique, avant même les émotions. Le country est une fibre dont tout son être est tissé. La musique n’arrive que vers la fin de la ligne de confection comme mode d’expression.

Si le country est, chez elle, une seconde peau, elle dit n’en avoir jamais cherché l’étiquette. «Quand j’ai commencé à faire de la musique, je n’ai jamais pensé que c’était de la musique country. C’était ma musique, tout simplement. La musique de mes racines, celle que j’aimais.» C’est une musique de sincérité, de simplicité, d’émotions vraies. Quand l’artiste sait lui donner forme, le public s’y reconnaît et vibre aux mêmes inéluctables vérités. Dire ça, c’est déjà donner la recette de son prochain album sur lequel elle planche présentement pour une sortie à l’automne si tout va bien. Une vingtaine de chansons éparpillées sur le bureau n’attendent que d’être sélectionnées. Il y en a bien une dizaine en chantier et combien d’autres qui dorment dans son coeur et qui pourraient surgir au cours de la prochaine semaine?

À Nashville

Pourquoi à ce moment particulier? Parce que Cindy Bédard sera à Nashville pour une semaine. Sept jours de travail, de création. Elle a obtenu cette faveur de la SOCAN qui lui offre un toit dans la capitale du country. «C’est comme une retraite que je m’offre. J’ai découvert que ça existait par Mara Tremblay; j’ai présenté une demande et je l’ai obtenue. Ça ne peut pas mieux tomber alors que je suis en pleine préparation de mon album.»

«Je vais aller me nourrir de cette ambiance, de la musique qui se fait là-bas. Je n’ai aucun plan autre que de me laisser inspirer par la musique. Je vais être à l’écoute de nouveaux sons qui pourraient teinter mon album. Tout est possible, je suis ouverte à tout. Je pars à la bohème country!»

Malgré des chansons mûres pour l’enregistrement sur sa table de travail, elle part avec le coeur grand ouvert. «Je suis prête à me laisser influencer. Ça peut être des sons, des rythmes, des mélodies nouvelles. L’album lui-même reste à être défini. Il y a toujours chez moi un côté roots avec le pedal steel, le dobro que j’aime tant, l’harmonica. Mais il se pourrait que tout d’un coup, je me mette à entendre un quatuor à corde sur telle ou telle mélodie. Pourquoi pas? J’ai envie de renouveler ma signature en autant que je me sente bien là-dedans.»

Sur l’album à naître, la musique sera lumineuse parce que Cindy l’est. Ça émane de son visage, se sent dans sa conversation. «L’année 2018 a été difficile, avoue-t-elle pourtant. J’ai vécu une séparation amoureuse et j’ai passé des temps douloureux. J’ai eu mal puis le temps a cicatrisé les blessures. Maintenant, je suis vraiment bien. Je me trouve chanceuse et je savoure chaque journée. J’ai écrit des chansons arrache-coeur dans la dernière année mais là, ma musique est pleine de lumière. C’est ce que j’ai envie d’exprimer sur l’album. Je me dis que ce que j’ai vécu dans ma petite histoire de vie, ça peut peut-être rejoindre d’autres personnes dans la leur. Le plus beau cadeau que les fans peuvent me faire, c’est quand ils viennent me dire qu’ils se sont reconnus dans une de mes chansons. Ça vient vraiment me chercher.»