Le président de Trois-Rivières en Blues Christian Gamache se dit fier de la programmation qu’il a mise en place cette année malgré les contraintes imposées par la COVID.
Le président de Trois-Rivières en Blues Christian Gamache se dit fier de la programmation qu’il a mise en place cette année malgré les contraintes imposées par la COVID.

Christian Gamache, pour l’amour du blues

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Derrière son flegme, Christian Gamache cache une certaine ambivalence. D’un côté, le président de Trois-Rivières en Blues est soulagé et presque triomphant d’avoir été en mesure de présenter un événement malgré les circonstances. D’un autre, il ne peut cacher sa déception d’être dans l’impossibilité d’offrir aux fans un festival à la hauteur de ce qu’il a été ces dernières années.

«C’était important de montrer à tout le monde qu’on est vivant, qu’on est toujours là malgré la COVID, dit le président. Ce qui me fait de la peine c’est qu’on a plein de gens qui nous suivent depuis douze ans, qui sont devenus des fans finis de blues et la grande majorité d’entre eux ne pourront pas y assister cette année.»

Il est vrai qu’en limitant à 250 le nombre de passeports disponibles conformément aux instructions de la Santé publique, on est à des années-lumière des foules de plus de 4000 personnes qu’on voyait dans le passé. Reste que le comité organisateur qui, il y a seulement trois semaines, ne savait même pas s’il serait en mesure de présenter quoi que ce soit est fier de la programmation mise en place.

«Évidemment, convient Gamache, la fermeture de nos frontières nous prive des Américains et de têtes d’affiche de l’ampleur de ce qu’on a eu dans le passé: les ZZ Top, Melissa Etheridge, Styx, etc. Par contre, on est chanceux dans notre malchance parce que la scène canadienne du blues regorge de talents exceptionnels. On peut compter sur des artistes de haut niveau qui vont nous donner de l’excellent blues et à ce titre-là, je suis vraiment content.»

«Tous ceux qu’on va voir sur la scène ont participé à un moment ou un autre au International Blues Challenge de Memphis, peut-être le plus important événement du genre en Amérique. Avec notre programmation de cette année, on se compare quand même à beaucoup de gros festivals de blues un peu partout. La différence, c’est qu’en temps normal, avec nos installations et l’ampleur qu’a pris l’événement, on est en mesure de s’assurer de la présence de grosses têtes d’affiche que les autres événements ne peuvent tout simplement pas se permettre.»

L’autre déception qui se profile dans les propos pourtant optimistes du président, c’est que l’événement 2020 ne reflète pas l’identité de Trois-Rivières en Blues. «Ce qui nous différencie, c’est que tout notre centre-ville vibre au rythme de la musique pendant la durée de l’événement. Il y a l’Amphithéâtre, évidemment, mais les scènes extérieures au centre-ville et la présentation de spectacles dans de nombreux bars et restaurants font que le visiteur baigne dans une atmosphère unique.»

Pour la première fois depuis la création de Trois-Rivières en Blues, son président a l’impression qu’il va pouvoir profiter pleinement de la musique en 2020.

«Tampa Bay est l’hôte d’un très gros événement annuel de blues mais c’est concentré sur un site. Quand je vais là-bas comme dans d’autres manifestations majeures, les gens me parlent de Trois-Rivières en Blues. On est connu et on a notre identité qui nous démarque des autres. Le centre-ville, pour moi, c’est un peu l’âme de notre événement. C’est malheureux mais à cause de la pandémie, cette année, on ne peut pas retrouver ça.»

«Dans les circonstances, se reprend-il aussitôt, je suis très fier de ce qu’on a réussi à mettre sur pied. Pour moi personnellement, c’est quasiment une bénédiction: pour la toute première fois depuis douze ans, je vais enfin pouvoir profiter de la musique! Dans une organisation de cette ampleur, en temps normal, je suis constamment en train de répondre à des demandes, de régler un petit pépin ici, une urgence ailleurs.»

Grandir

Quand il a mis sur pied Trois-Rivières en Blues, il y a douze ans, il comptait sur quatre ou cinq amis bénévoles. L’an dernier, plus d’une centaine de paires de bras ont été mises à contribution pour assurer la bonne marche d’un événement qui a pris une ampleur étonnante.

«Ce qui me fait plaisir là-dedans, c’est de constater qu’on a développé une clientèle. Sans nécessairement chercher à le faire, on a participé à l’éducation du public en matière de blues. Moi, je suis un passionné de cette musique depuis longtemps et je rêvais simplement de partager cette passion-là. Aujourd’hui, je vois plein d’amis qui étaient des fans exclusivement de rock et qui sont devenus non seulement des fidèles de Trois-Rivières en Blues mais aussi des connaisseurs de cette musique, de ses différents styles.»

Lui-même a vu ses propres goûts évoluer au cours des années. «Au début, j’étais un fan de blues rock à la Stevie Ray Vaughan. Plus ça va, plus je suis attiré par un blues acoustique avec harmonica et guitare. Quelque chose de plus pur, peut-être. On dirait que je me rapproche de plus en plus des racines de cette musique.»

Côté clientèle, la progression s’est faite à plus d’un niveau. «On a vraiment développé un marché régional en même temps qu’un marché carrément national parce que de plus en plus d’amateurs en provenance de l’extérieur de la province viennent à chaque année. Ça fait plaisir de voir ça.»

Lui-même passionné de blues depuis longtemps, Christian Gamache est comblé de voir le développement d’une clientèle de connaisseurs dans la région.

Dans ce contexte de progression, craint-il que la COVID et ses conséquences ne viennent briser un élan? «Non, pas du tout, répond-il catégorique. Les amateurs sont devenus des fidèles et on voit bien à quel point ils aiment Trois-Rivières en Blues. On s’est toujours donné comme mot d’ordre d’en donner le plus possible aux gens pour un prix très raisonnable et ça a créé un gros noyau de fans inconditionnels qui ont hâte à l’événement d’année en année. Je ne suis pas inquiet: ce n’est pas un engouement passager ou fragile.»

Christian Gamache n’est pas naïf pour autant: il sait bien que l’incertitude dans laquelle l’organisation a baigné cette année ne va pas s’estomper dans les prochaines semaines comme par magie. «Je n’ai pas de boule de cristal, mais je vois bien qu’il nous faudra vivre avec des contraintes pour quelques mois encore pour réussir à enrayer la maladie. Combien de temps? Je n’en sais rien, mais ça peut être long.»

«Est-ce que le nombre limite de spectateurs qu’on peut réunir dans un lieu va augmenter progressivement pendant ce temps? Personne ne peut le prédire mais nous, on va travailler en fonction d’un événement complet pour l’an prochain. À l’heure actuelle, je peux te dire que c’est très compliqué de négocier à cause de l’inconnu qui plane partout. Même en temps normal, des ententes avec de grosses têtes d’affiche, ça peut aussi bien se conclure en trois semaines qu’en six mois ou plus. Il faut se garder toutes sortes d’options et être constamment à l’affût.»

«Ce qui est certain, c’est que je ne crains pas pour l’avenir de Trois-Rivières en Blues. Quoi qu’il arrive, nous sommes là pour longtemps et je sais que ça va encore grossir à l’avenir.»

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