Le groupe n’a eu besoin de personne pour assurer une première partie. Le concept du spectacle était tout ce qu’il y a de simple: du Chicago mur à mur.

Chicago: comme dans le temps

TROIS-RIVIÈRES – Après l’épisode Kaleo de dimanche dernier, l’Amphithéâtre Cogeco a retrouvé sa clientèle plus habituelle de baby-boomers avides de nostalgie avec le présence du légendaire groupe Chicago mercredi soir. Un autre succès.

On en est encore au stade de l’apprentissage pour ce qui est de l’estimation des foules à l’Amphithéâtre mais on peut deviner qu’il devait y avoir autour de 2800 personnes, à vue de nez, venues prendre un bain d’années 70. Les vieux routiers de la Ville des vents savaient à quoi s’en tenir et ont généreusement donné à leur public ce qu’il était venu chercher.

Le groupe n’a eu besoin de personne pour assurer une première partie. Le concept du spectacle était tout ce qu’il y a de simple: du Chicago mur à mur. Dès 20 h pile, ils ont entrepris d’égrener l’intégral de leur deuxième album datant de 1970. Une plongée près de 50 ans en arrière, images psychédéliques et films d’époque sur écrans géants en équipement standard.

J’aime bien l’idée de la reprise d’un vieil album. Au moins, personne ne tente de nous convaincre de l’actualité d’une musique composée il y a cinquante ans. On a joué la nostalgie sans pudeur et c’était très bien ainsi.

On salue avec émotion le retour de la flûte traversière dans des arrangements de la glorieuse époque du rock progressif. L’émotion est un peu plus confuse quant aux images de couples se baladant dans des champs fleuris pour évoquer le retour à la campagne dans les années 70. Ça flirtait d’un peu trop près avec des pubs de détergent au parfum de printemps.

Le «groupe rock avec des cuivres» a été très exactement ça. Et quels cuivres! Serrés, précis, tonitruants... Merveilleusement efficaces pour donner du punch ou de la grandiloquence au besoin. Tant qu’à se présenter à 10 musiciens sur la scène, aussi bien former un ensemble homogène et efficace.

La première partie s’est terminée sur 25 or 6 to 4 dans une dynamique reprise qui a vraiment soulevé la foule. Cette chanson-là n’a pas pris un cheveu gris. Premier vrai moment d’enthousiasme de la soirée malgré qu’on ait joué Colour My World tôt dans le spectacle.

En deuxième partie, toujours rigoureusement fidèle à l’horaire annoncé, merci messieurs, on a senti le changement d’ambiance. Comme on nous l’avait dit dans la présentation du spectacle, il s’agissait du plus long rappel de l’histoire du groupe avec une portion consacrée entièrement à ses grands succès. À certains grands succès, disons, parce que s’il avait fallu qu’on les joue tous, on y serait toujours douze heures plus tard.

Avec If You Leave Me Now on a vu plein d’écrans de cellulaires s’allumer. Non pas pour se balancer au rythme lent de la ballade mais pour filmer le moment. Tant qu’à avoir payé pour un billet, aussi bien en ramener un bout à la maison, non? C’est le réflexe Doggie Bag adapté au spectacle vivant.

En abordant les années 80, on a eu droit au côté crémeux du groupe avec des ballades plus sirupeuses mais aussi plusieurs de leurs plus gros succès. Hard to Say I’m Sorry a fait ressortir les cellulaires mais cette fois, c’était pour les balancer au rythme de la ballade.

Le groupe n’a pas regardé à la dépense et a joué plus de deux heures 15 minutes, offrant ses plus gros succès à un public qui n’attendait que ça. C’est debout en tapant dans les mains qu’il a chanté Saturday in the Park en fin de soirée. Joli moment assez approprié à l’environnement.

On n’a pas eu droit qu’à de la ballade en deuxième partie puisque le batteur Walfredo Reyes Jr. et le percussionniste Ramon Yslas ont respecté la tradition des solos de batterie des spectacles rock d’une certaine époque en offrant un duo batterie-percussions assez déjanté et réjouissant.

Un bon mot également pour Neil Donell, le Torontois à la voix de rossignol, qui a tout récemment intégré le groupe et qui s’est adressé dans un français fort convenable au public. On apprécie l’attention. L’effort de Robert Lamm plus tôt dans la soirée avait été certes plus louable encore mais nettement moins compréhensible.

Une soirée nostalgie qui aura donné un coup de jeune à bien du monde, en somme. Ça en prend de temps en temps.