Un accueil incroyable à Markandeyanagar.

Chante à plein cœur

NDLR: porte-parole de SOPAR, la formation vocale trifluvienne QW4RTZ est actuellement en Inde pour participer à un séjour d’apprentissage en compagnie de l’organisme voué au développement international dans ce pays. Au cours des prochains jours, les membres du quatuor ont accepté de partager leur expérience humanitaire avec les lecteurs du Nouvelliste.

«Chante à plein cœur», cette fameuse devise des Petits Chanteurs de Trois-Rivières qui se résume ainsi: Mettre du cœur, de l’ardeur et trouver le plaisir dans n’importe quel travail que l’on entreprend. Cette phrase résonne en moi depuis bien longtemps mais je n’aurais jamais pensé qu’elle résonnerait aussi fort aujourd’hui, en Inde, dans un village isolé du district de Warangal, l’un de ces nombreux villages qui ont récemment poussé le long des routes indiennes à cause de la surpopulation. «Chante à plein cœur» ce sont aussi les quelques mots qui sont désormais gravés sur la plaque commémorative située au pied du puits que nous avons inaugurée aujourd’hui. Même si nous avions pris cette décision sans avoir encore mis les pieds dans cet incroyable pays, je peux maintenant dire que nous n’aurions pas pu choisir meilleur précepte. Les gens qui font partie du programme SOPAR-Bala Vikasa font tout avec une passion difficile à décrire, et de surcroît, ils le font en chantant haut et fort, la tête haute et fière. C’est une grande leçon d’humilité pour nous quatre.

Aussitôt arrivé à Markandeyanagar, ce village beaucoup plus petit que son nom l’indique, j’ai immédiatement été conquis par la beauté des gens qui s’étaient déplacés afin de nous accueillir. À peine sortis de l’autobus, nous avons été reçus avec des colliers de fleurs faits sur mesure pour l’occasion, des chants, des prières mais surtout avec de larges sourires qui ont eu un effet remarquablement contagieux sur nos visages accablés de décalage horaire. C’est donc avec le sourire jusqu’aux cheveux (même Fa2) et les yeux remplis d’eau qu’on s’est tranquillement avancé vers l’endroit où le nouveau puits, ainsi qu’une foule enthousiaste en habits traditionnels d’une beauté sans nom, nous attendaient. Leur générosité était telle que j’en étais gêné. Comment ces gens qui ne possèdent que si peu peuvent-ils donner autant? Mes yeux embrouillés parcouraient les visages illuminés des villageois qui n’auront plus à parcourir les kilomètres les séparant du puits situé au village adjacent. Les femmes, et parfois même les enfants, devaient, dans certains cas, marcher des heures pour remplir une petite cruche d’eau; cruche qu’ils devaient pour la plupart remplir à nouveau dans la même journée.

Nous avons donc été accueillis en héros alors que les vrais artisans derrière cette formidable nouvelle, ce sont eux. Ce sont tous ces gens, dans tous ces villages de la région qui se prennent en main. Ce sont Grégory, ce frère responsable du refuge pour garçons et hommes affligés par la maladie mentale, ce sont Soly, la sœur en charge de l’orphelinat de Mariapuram et ce sont surtout Angèle, Shobha, Latha et tous les autres œuvrant au sein de l’organisme SOPAR-Bala Vikasa qui font tout en leur pouvoir pour redonner aux gens vulnérables le goût de «Chanter à plein cœur».

Philippe Courchesne Leboeuf