Changer les choses

TROIS-RIVIÈRES — En venant au Salon du livre de Trois-Rivières du 22 au 25 mars, Alexandre Jardin fera forcément la promotion de son dernier roman Ma mère avait raison. Dernier prétexte pour porter un message qui semble se répercuter d’un livre à l’autre dans sa carrière: la nécessité vitale d’être soi-même, libre et unique.

«C’est vrai, admet-il, que les personnages principaux de tous mes romans refusent la fatalité. C’est ennuyeux, la fatalité. Mais dans nos sociétés, c’est très problématique d’être soi et de ne pas se soucier des conventions.»

L’idée a généré plus que de la littérature. Jardin est à l’origine de mouvements citoyens qui ont eu un impact considérable en France. Jusqu’à le propulser au seuil de la dernière campagne présidentielle en France. L’écrivain derrière le mouvement Bleu Blanc Zèbre avait manifesté son intention de se porter candidat mais a échoué à recueillir les 500 signatures d’élus de l’ensemble du pays requises pour valider sa candidature.

Pourtant, il se refuse à parler d’implication politique à proprement parler. «Ce que je fais, c’est plutôt de l’action civique que de la politique. L’idée, c’est de donner du pouvoir et non pas d’en prendre.»

À travers un programme comme «Lire et faire lire», notamment, il incite des personnes retraitées à aller bénévolement faire la lecture à des jeunes dans les écoles. «Je pense que si on peut construire des communautés où différentes générations sont solidaires, en bout de ligne, on arrivera à améliorer la réussite scolaire des jeunes. L’adulte qui s’engage dans un projet comme celui-là, il ne consacre pas son énergie à râler contre ce qui va mal, il agit pour que ça aille mieux. Il s’octroie du pouvoir, celui de changer des choses. Il devient puissant. C’est ça qui m’intéresse bien plus que la politique comme on l’entend généralement.»

Or, croit-il, le Québec constitue un terreau fertile. «Votre façon de penser la politique me semble plus proche de ça que ce que je constate en France. Vous avez un sens communautaire très fort. C’est peut-être le climat qui vous a appris la nécessité de s’entraider mais on sent ça chez vous. Ce que je souhaite, c’est qu’après mon passage à Trois-Rivières, le programme ait pris de la vigueur et que plus de retraités aillent lire et faire lire les enfants.»

«À mes yeux, il n’y a rien de plus important que de remplir les jeunes de mots. D’autant que chez vous, ça s’inscrit dans une démarche de protection du français. Je crois qu’il faut qu’il y ait des liens affectifs qui accompagnent l’apprentissage. S’il n’y a pas d’amour dans la démarche, elle est condamnée à l’échec.»

L’approche a du charme. À travers Ma mère avait raison, Alexandre Jardin avance une autre idée qui ne suscite pas aussi facilement l’assentiment général. Il soumet que l’éducation reçue de sa mère a été extraordinaire bien qu’elle lui ait réservé beaucoup de souffrance. «La souffrance est une immense chance, soutient-il sans hésitation. La vraie folie, c’est de surprotéger les enfants. Moi, je remercie ma mère de m’avoir exposé à la vie avec ses douleurs. Élever un enfant, c’est lui permettre de compter sur ses propres ressources. Ma mère m’a exposé à la souffrance mais j’ai appris à m’en sortir. J’ai développé une confiance absolue en moi grâce à elle. En surprotégeant son enfant, on ne lui donne pas la chance de développer une confiance en lui.»

«Je suis parfaitement conscient que ça choque dans la société actuelle cette idée que la souffrance est formatrice mais moi, ce qui me choque bien davantage, c’est qu’on ne transmette pas aux enfants une confiance en eux et en la vie. Et pour ça, je dois le dire, ma mère a été absolument incroyable!»