Réunis pour le lancement de la série web documentaire Le grand art populaire vendredi, on retrouvait le réalisateur et monteur Simon Laganière en compagnie de l’artiste Réjean Pétrin, de Drummondville.

Ces artistes accomplis qu’on ignore

TROIS-RIVIÈRES — Il ne suffit pas d’avoir un musée POP pour donner à l’art populaire un lustre qui lui est bien souvent refusé. Il faut aussi des cinéastes comme le Champlinois Simon Laganière qui vient de réaliser une série web en cinq épisodes intitulée Le grand art populaire.

Le documentariste est parti de son intérêt envers les «gosseux», terme n’ayant évidemment rien de péjoratif dans son esprit. Il a contacté Adrien Levasseur, un spécialiste de l’art populaire, pour définir sa démarche et découvrir quelques-uns de ces artistes. Laganière a rapidement compris que le terme «gosseux» ne s’appliquait pas à ces gens; trop réducteur. Ce sont des artistes, tout simplement, avec une démarche bien concrète à défaut d’être définie dans un savant vocabulaire.

Au terme de son exploration, on retrouve cinq films d’environ sept minutes chacun, cinq portraits d’artistes. Ce sont Clémence Lessard, Alain Landry, Alain Vachon, Philippe Perron ainsi que le Drummondvillois Réjean Pétrin. Tous des créateurs avec des démarches distinctes. Tous sauf un, Philippe Perron, récupèrent leur matière première. Ce dernier utilise l’écorce de bouleau.

Les cinq artistes ont davantage de points communs que de différences entre eux même si leurs œuvres n’ont bien souvent que leur épithète d’art populaire pour les unir. Ils ont ceci en commun de faire de l’art sans autre impératif que de répondre à une quelconque pulsion de s’exprimer et de faire naître de la beauté dans le monde.

«C’est fait avec amour, dit Réjean Pétrin de ses œuvres. Mon amour ressort dans mes œuvres. Moi, je n’avais jamais touché à du bois avant l’âge de 55 ans mais comme beaucoup de monde, j’avais ça en moi; je n’osais pas me lancer. Maintenant, je fais des sculptures tout le temps. Je trouve ça beau et des gens m’en achètent parce que certaines de mes œuvres leur parlent. Ça, ça fait vraiment plaisir.»

L’artiste se dit très fier de savoir que désormais, le grand public va consulter ce document le concernant sur Internet. Un document qu’il a trouvé particulièrement beau et très professionnel.

De son côté, Simon Laganière est fier de la visibilité qu’il donne à ces artistes. Fier aussi de donner quelque chose qui ressemble à des lettres de noblesse à un type d’art trop souvent snobbé. «Ça me touche de voir des gens qui font ce genre d’art. C’est quelque chose qui vient du cœur et qui est tout simple. Je trouve que leur travail ressemble à ce que moi je fais avec une caméra.»

«En même temps, c’est thérapeutique parce qu’ils s’expriment. Alain Landry me le disait: c’est un besoin qui vient de l’intérieur. Il ne crée pas pour faire avancer la société. Je pense que c’est le cas pour beaucoup d’artistes parmi les plus grands. Ils le font parce que ça répond à un appel intérieur. C’est peut-être pour ça que ça touche le grand public.»

«Le but de ma démarche, c’était de mettre la lumière sur des gens dont je savais qu’ils ne l’auraient jamais. Alain Vachon m’a écrit pour me remercier en disant que si je ne l’avais pas fait, personne ne l’aurait fait. J’aurais trouvé très dommage que pareille œuvre tombe dans l’oubli; désormais, c’est documenté. Ils ont tous une vraie démarche artistique mais ne s’en rendent pas compte. À travers mes petits films, c’est un peu ça que je leur ai démontré. Ils s’adonnent vraiment à de l’art à l’état pur.»

La série est désormais sur le site Internet de la Fabrique culturelle pouvant être consulté gratuitement en tout temps.