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Catherine Russell et Charles Geyer dans <em>Perfect Crime</em> à Broadway
Catherine Russell et Charles Geyer dans <em>Perfect Crime</em> à Broadway

Broadway attend l’automne, mais la plus ancienne pièce de New York est déjà de retour

Thomas Urbain
Agence France-Presse
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À l’affiche depuis 1987, la doyenne des pièces de New York, Perfect Crime, est déjà de retour sur les planches, devançant Broadway qui attendra septembre. Elle le doit à l’énergie de Catherine Russell, qui a joué plus de 13 500 fois le même rôle et porte son théâtre à bout de bras.

«Je suis très déterminée, et quand les gens me disent: tu ne peux pas faire ça. Je leur réponds, “Va te faire voir. Regarde moi faire”.»

Actrice principale de Perfect Crime, mais aussi gérante du Theater Center où se joue la pièce, physique sec, longs cheveux blonds, Catherine Russell, 65 ans, est «une dynamo», comme la décrit Charles Geyer, qui partage la scène avec elle. «Je peux faire 180 pompes d’affilée», lance-t-elle.

Lorsqu’il a fallu suspendre les représentations pour cause de pandémie, en mars 2020, la comédienne à tout faire n’a pas eu d’états d’âme. Elle s’est occupée à repeindre le théâtre, réparer quelques fauteuils et acheter un système de ventilation «COVID-compatible».

Mais «quand j’ai vu que les quilles rouvraient [fin août], je me suis dit : c’est dingue». Ni une ni deux, elle a assigné la ville de New York en justice pour obtenir la réouverture des théâtres. Le gouverneur a, depuis début mars, autorisé une réouverture à 25 % de capacité, puis 33 %, mais Catherine Russell poursuit son action pour obtenir au moins 50 %.

Le 9 avril, elle a rouvert le Theater Center, avec de premières représentations d’une comédie musicale inspirée par la série The Office, puis la reprise de Perfect Crime, qu’elle a jouée le 17 avril pour la 13 524ème fois, record du monde.

«Beaucoup de gens ne se sentaient pas prêts» tant à Broadway qu’off-Broadway, le circuit des théâtres de petite jauge, explique Catherine Russell. «Mais je pensais que nous étions prêts. […] Je ne crois pas que je sois une éclaireuse. Peut-être simplement que j’ai un peu moins peur que d’autres, mais j’ai aussi moins à perdre. Je suis un petit spectacle du off-Broadway.»

«On perd de l’argent», reconnaît la sexagénaire, et même un passage à 50 % de jauge ne suffirait peut-être pas à atteindre l’équilibre, une équation qui a dissuadé Broadway de rouvrir ses portes dans l’immédiat. «Mais on est déterminés, et je veux le faire pour le principe.»

«Au-delà d’une simple soirée» 

Le Theater Center a obtenu le feu vert du principal syndicat du spectacle vivant, l’Actors’ Equity, moyennant l’obligation de vaccination pour l’ensemble de l’équipe, qui doit aussi se faire tester tous les soirs avant le spectacle.

Les spectateurs, eux, sont au rendez-vous et la salle affiche complet, soit 66 personnes contre 200 en configuration normale, selon le producteur, Armand Hyatt.

Susan Jacknowitz, 75 ans, a fait le déplacement de Caroline du Nord pour voir la pièce avec son amie new-yorkaise, Linda Schiffer. «Quand elle m’a envoyé un message pour me dire qu’elle avait eu des places de théâtre, je n’y croyais pas. J’étais tellement contente.»

Pour Perfect Crime, énigme policière classique matinée d’un soupçon de psychologie, la période actuelle est l’occasion d’un peu de publicité gratuite, alors que la pièce est habituellement noyée dans l’offre pléthorique de Broadway.

Fan de théâtre, Jessica Bloom était déjà passée des dizaines de fois devant le Theater Center, tout près de Times Square, mais ne s’était jamais arrêtée.

«Je veux voir le premier truc qui me permettra d’entrer dans un théâtre, même si je ne sais même pas de quoi ça parle», dit-elle.

L’acteur Charles Geyer se souvient lui d’une première «fantastique», «parce que nous savions que les gens qui étaient dans la salle étaient un peu des pionniers».

L’impression ne l’a pas quitté lors des représentations suivantes. «On a le sentiment de former un groupe», avec comédiens et spectateurs. «Cela va au-delà d’une simple soirée au théâtre.»