Sur la photo, de gauche à droite, devant, on retrouve: Sylvain Debray (Taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne), Valérie Bourgeois, (Boréalis), Géraldine Balissat, chef de mission et Laëtitia Morand (Écomusée du Pays de la Cerise de Fougerolles). Derrière: Simon Leresche (Musée du fer et du chemin de fer de Vallorbe, en Suisse), Joan Lefebvre (représentante du maire Yves Lévesque) et Grégory Maugain (Musée de l'horlogerie de Morteau).

Boréalis sous la loupe de la France et la Suisse

C'est à Trois-Rivières, plus précisément à Boréalis, qu'une délégation en provenance de France et de Suisse a choisi de poser son regard à la recherche d'idées innovantes pour faire face aux défis du renouveau que partagent bien des musées dans le monde.
Cinq représentants du Réseau des Musées des techniques et cultures comtoises passent la semaine ici pour découvrir, échanger et s'inspirer de ce qui a été mis sur pied à Boréalis mais également dans d'autres institutions de Trois-Rivières comme du reste de la province.
La délégation en provenance de la Bourgogne-Franche-Comté et du territoire suisse limitrophe a été reçue à l'hôtel de ville trifluvien lundi après-midi après une journée passée à Boréalis où les visiteurs se sont familiarisés avec le musée en plus de discuter des enjeux qu'ils ont en commun avec l'institution trifluvienne.
Les visiteurs se rendront également au Musée des Ursulines, au Musée québécois de culture populaire, au Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac en plus de visiter le Centre d'histoire de Montréal, l'écomusée du Fier-monde de même que le Musée de la Société des Deux-Rives de Valleyfield.
C'est la chef de mission Géraldine Balissat, responsable scientifique et opérationnelle de l'association des techniques et cultures comtoises qui a ciblé Boréalis il y a deux ans et pris contact avec sa directrice Valérie Bourgeois.
«D'abord, il faut savoir que le Québec est bien connu pour son approche innovante dans le domaine des musées, soutient-elle. Je cherchais des lieux innovants traitant de patrimoine technique qui sont des sujets particulièrement difficiles à traiter avec le grand public et c'est comme ça que je suis tombée sur Boréalis. C'est un site récent qui semble avoir trouvé un angle d'entrée judicieux et qui a fait un gros travail sur la mémoire. C'est un travail qu'on a fait il y a une dizaine d'années chez nous et qu'on doit renouveler, alors on cherche des sources d'inspiration.»
Aux dires de sa représentante, la délégation a trouvé à Boréalis une solide matière à réflexion.
«Tant au niveau des espaces d'exposition que des façons variées de faire vivre le lieu en s'adressant à un public beaucoup plus large que les seuls habitués des musées. C'est un enjeu qui concerne beaucoup d'institutions: on doit tous avoir une valeur ajoutée forte en termes d'expérience de visite.»
Les visiteurs ont aussi apprécié l'approche privilégiée en faisant du caractère humain le véhicule de prédilection pour transmettre son contenu. «Comme nous avons des thématiques très proches, nous pourrons sans doute largement nous en inspirer», d'indiquer Géraldine Balissat.
De son côté, Valérie Bourgeois, directrice générale de Boréalis, admet avoir été flattée par l'intérêt qu'a suscité l'institution trifluvienne auprès des responsables européens. «Au moment des premiers contacts, Boréalis n'avait que cinq ans et on découvrait qu'on avait déjà une réputation internationale insoupçonnée et très flatteuse. Ça prouve que ce qu'on fait, on le fait bien.»
«Au niveau de la philosophie, de la façon de faire et de la réflexion, je pense qu'on peut s'influencer très positivement les uns, les autres. Ce sont souvent sur des points plus techniques qui relèvent de la muséologie, mais ils ont des façons de faire qui peuvent répondre à certaines problématiques que nous connaissons et vice versa.»
«Ils sont par exemple très intéressés par la place des témoignages et de l'histoire orale dans les expositions et de la place que peut prendre la technologie. Eux, au sein d'institutions plus anciennes, en sont à l'étape de faire entrer la technologie chez eux. À nos débuts, nous, notre défi, c'était de rendre l'histoire industrielle sexy et en leur racontant le chemin qu'on a pris pour s'y rendre, ça semble les inspirer.
Les musées de la taillanderie, du chemin de fer ou de l'horlogerie sont confrontés à des enjeux similaires: ce sont des centres d'interprétation, ce qui n'est pas très attractif alors nous, nous leur proposons l'autre chemin, celui du marketing, celui de l'expérience muséale, du plaisir. Ils ont beaucoup aimé ce qu'ils ont vu chez nous lors de leur visite.»
«De façon générale, nous sommes moins pris dans des conventions et des traditions quant aux façons de faire mais ils vivent globalement les mêmes problèmes fondamentaux que nous avec le désengagement de l'État, la difficulté de travailler avec des bénévoles, etc.» 
Valérie Bourgeois rêve déjà d'une visite par des Québécois des institutions du réseau franco-suisse dans quelques années. Par contre, devant les vocations très spécifiques et différentes des musées dont les représentants nous visitent, il apparaît très peu probable qu'on puisse un jour s'échanger ou monter des expositions conjointement.
Par contre, le réseau franco-suisse pourrait servir d'inspiration pour relancer Médiat-Muse, ce regroupement des musées régionaux qui est moribond depuis que le gouvernement a changé d'approche concernant le secteur muséal, condamnant pratiquement du même coup le regroupement mauricien pourtant exceptionnellement efficace.
«Ils ont eux aussi vécu une réorganisation de leurs ressources avec des coupures importantes et on pourrait peut-être s'inspirer de ce qu'ils ont fait.»