Dans un spectacle impeccable présenté en toute simplicité, Bobby Bazini a, encore une fois, charmé le public trifluvien réuni à la salle Thompson jeudi soir.

Bobby Bazini toujours aussi irrésistible

Il y a maintenant neuf ans que Bobby Bazini est apparu dans le ciel de notre industrie musicale et a conquis le public québécois. Il aurait pu n'être qu'une étoile filante mais le spectacle qu'il a présenté jeudi soir à la salle Thompson est venu prouver que non seulement il reste bien présent dans le coeur de ses fans mais qu'en plus, il vieillit bien.
Il a encore des allures d'adolescent et n'est toujours pas très à l'aise quand vient le temps de jaser avec son public mais côté musical, rien à dire. Bobby Bazini est plus solide que jamais, capable de plus de nuances et son dernier album l'a ouvert à un style soul plus contemporain. Ça lui donne simplement plus d'armes pour plaire à un public qui, comme on l'a constaté jeudi soir, est totalement réceptif. 
Quand un artiste s'attaque à la salle Thompson plutôt qu'au Théâtre du cégep, c'est déjà le signe qu'il peut compter sur un bon noyau de fidèles. D'accord, Bazini n'a pas rempli la salle, mais il a dû aller chercher autour de 650 personnes, ce qui est plus qu'honorable. Un public conquis d'avance, totalement réceptif à tout ce que Bazini avait à lui offrir. À travers les applaudissements, les cris perçants ne laissaient aucun doute sur le fort contingent féminin que comptait la foule et sur la sensibilité de celui-ci au charme du chanteur.
Ne passons surtout pas sous silence la première partie offerte par Gabrielle Shonk accompagnée par Jessy Caron à la guitare. L'ancienne participante à La Voix n'a eu besoin que de quatre chansons pour mettre le public de la salle Thompson dans sa poche. Une partie de la salle lui a même réservé une ovation debout, phénomène rare pour un artiste en première partie. Une voix exceptionnelle, un folk touchant: une belle découverte.
Celui pour lequel le public avait payé sa place s'est présenté avec quatre musiciens et deux choristes, une manière de dire qu'il prenait les choses au sérieux. Chose confirmée par le décor original, recherché sans être clinquant qui a permis de très beaux effets tout au cours de la soirée.
Dès le départ, on a pu noter la qualité du son très bien équilibré qui permettait de bien savourer la voix unique et extraordinairement expressive du garçon. On a aussi pu goûter d'emblée la rythmique assez irrésistible de certaines chansons de son plus récent album, Summer Is Gone. Les hochements de tête coordonnés du public témoignaient de l'efficacité de cette soul entraînante. 
Bazini a enchaîné les chansons quasiment sans interruption, si ce n'est de courtes salutations après les deux premières. Il a puisé bien sûr parmi ses plus récentes mais a pigé allègrement dans les deux albums antérieurs. Quelle que soit la chanson, sa voix continue de faire merveille. Toujours à la limite de casser, toujours perchée dans des aigus étonnants, il en ressort encore et toujours quelque chose d'assez troublant et de diablement efficace. 
Après huit ou neuf chansons, il a pris au garçon l'envie de jaser. Il a d'abord expliqué son plaisir de revenir à Trois-Rivières. Faut-il le croire quand il raconte que le public trifluvien avait été le meilleur de la dernière tournée et qu'il aurait dit aux gens moins enthousiastes d'une autre ville qu'il avait besoin des applaudissements de Trois-Rivières? Peut-être pas, mais ça fait quand même plaisir. 
Il reste que quand il s'est finalement mis à parler, il y a pris goût. Il a même fait preuve d'un humour fort sympathique en racontant sa rencontre avec le Britannique Chris Stapleton avec qui il a écrit deux chansons dans le processus menant à son dernier album. «Ç'a été extraordinaire. Lui ne parle pas et moi non plus. C'était parfait! Ç'a été une super rencontre, très productive. À la fin, nous avons échangé nos numéros de téléphone et il ne répond jamais quand je l'appelle.»
Bazini a ponctué le spectacle d'une pause pour trois chansons présentées dans leur plus simple appareil: voix et guitare. La douceur et la tendresse vont admirablement au chanteur dont la voix trouve dans la formule toute son expression. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'est pas à l'aise dans des rythmes plus entraînants et plus proches de la pop qui ponctuent son plus récent album, bien au contraire.
Quel que soit le style, le public suit, vendu à l'indéniable talent de cet auteur, compositeur et interprète décidément plein de ressources. Il est venu plusieurs fois à Trois-Rivières aussi bien en salles que lors du FestiVoix. La prestation de jeudi démontre sans l'ombre d'un doute qu'il faut absolument le voir dans la relative intimité d'une salle, fût-elle grande comme la Thompson, pour l'apprécier à sa juste valeur. Son talent s'exprime dans trop de nuances pour que les grands rassemblements extérieurs puissent lui rendre justice.