Le groupe trifluvien Bartula présentera un spectacle qui servira de lancement officiel pour son plus récent album le 10 novembre à la Maison de la culture. Le quintette est composé, de gauche à droite, d’Igor Bartula, Martin Bournival, Éric Charland, Philippe Roy et Jérôme Champagne-Simard.

Bartula: une pilule de vie

TROIS-RIVIÈRES — Même si le groupe est identifié par son patronyme, Igor Bartula insiste pour dire que la musique qui émane du quintette est un pur hybride de musique slave et québécoise avec les influences propres à chacun des musiciens. Le public pourra en juger le 10 novembre prochain à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la culture dans ce qui tiendra lieu autant de simple célébration que de lancement pour le tout dernier album homonyme du groupe.

Bartula, c’est d’abord et avant tout une musique festive fortement ancrée dans la musique traditionnelle bosniaque qui rappelle les origines du bassiste et chanteur du groupe. Chanteur par nécessité, insiste Igor, qui a fini par assumer la fonction autant que ses impératifs. Les bons chanteurs ne se dénichent pas aisément surtout quand il faut s’exprimer en serbo-croate, la langue de toutes les chansons du groupe qui se commet aussi dans des pièces instrumentales.

Pourquoi le serbo-croate? «Parce que c’est ma langue maternelle, répond tout bonnement le musicien. Aussi parce que la musique du groupe trouve sa source dans la musique traditionnelle de l’ex-Yougoslavie même si on l’a métissée. La plupart du temps, j’arrive avec une chanson traditionnelle ou une composition et chacun y met du sien pour lui donner sa forme finale. C’est toujours collectif et tout le monde doit approuver la chanson sans réticence pour qu’on l‘adopte.»

À l’écoute, c’est une musique qui demeure foncièrement imprégnée de vitalité et de joie de vivre à la façon slave à savoir qu’elle porte, dans son aspect résolument festif même, le poids de la douleur transcendée. «C’est un coin du monde tourmenté, dit Igor. Le territoire a été l’objet de convoitise dès l’Empire romain et ça s’est poursuivi tout au cours de son histoire avec les Turcs, les Russes, l’empire austro-hongrois, etc. On porte cette idée de la souffrance qui nous a accablés à travers les siècles mais notre musique est la démonstration que nous avons survécu à tout ça. Il y a, dans ce peuple, une volonté de vivre extrêmement forte qui se transmet dans la musique. C’est comme notre pilule de vie!»

Si bien peu de fans parlent couramment le serbo-croate des chansons de Bartula, ils n’ont pas à s’en faire: il n’y a rien dans les textes de métaphysique à déchiffrer. «Là d’où je viens, tout près de Sarajevo, les gens sont des farceurs, explique Igor. Quand on se rencontre, la première heure est toujours passée à se raconter des blagues puis la musique vient s’inviter graduellement. Mes textes vont dans ce sens. C’est de l’humour léger qui sert de canevas pour une musique de fête.»

Interprétée par cinq musiciens de haut niveau incluant Martin Bournival (violon et accordéon), Éric Charland (batterie), Jérôme Champagne-Simard (voix et accordéon), Philippe Roy (guitare) et dont plusieurs ont des racines dans le jazz, la musique en est forcément teintée. «Moi, je me sens totalement intégré ici puisque j’habite le Québec depuis plus longtemps que je n’ai habité la Bosnie. C’est simplement parce que mes racines sont là-bas que cette musique traditionnelle me touche autant. En même temps, j’ai étudié en jazz, chacun des musiciens du groupe y grave sa propre personnalité et je ne saurais même pas dans quelle catégorie classer le résultat. Les gars ont intégré la nature profonde de cette musique et l’emmènent ailleurs tout en la respectant. Mon père, qui était musicien, me dit qu’il reconnaît bien la musique traditionnelle du pays mais c’est en même temps quelque chose d’autre.»

Le groupe dans sa forme actuelle existe depuis six ans et le leader se considère privilégié d’être demeuré aussi bien entouré aussi longtemps.

«Jouer avec d’aussi bons musiciens, c’est un privilège. Comme ils ont chacun leurs projets de leur côté, qu’ils aient accepté de poursuivre l’aventure depuis six ans, c’est extraordinaire. On a vraiment atteint un super niveau de qualité; ils se sont totalement approprié la musique et l’émotion qui vient avec. Quand on joue ensemble, l’énergie est parfaite et on est vraiment tight! On a aussi une vraie interaction avec le public.»

Tout ce qui manque au bonheur du chanteur/bassiste, c’est de jouer plus régulièrement.

«C’est une musique qui se prête à toutes sortes de circonstances et ça plaît toujours beaucoup. Les gens n’ont pas besoin de la connaître pour l’apprécier immédiatement. Je pense qu’on a ce qu’il faut pour jouer plus souvent un peu partout au Québec.»

On peut entendre le nouvel album sur le site https://bartula.bandcamp.com/releases.