La claveciniste Geneviève Soly s'est entourée de 18 musiciens de l'OSTR, de la violoniste Laura Andriani et de la flûtiste Marilène Provencher-Leduc pour présenter un excellent concert dédié à Bach.

Bach célébré à l'OSTR

C'est dans la reproduction virtuelle d'une cour européenne du 18e siècle que Geneviève Soly a convié le public de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières samedi soir. Par le concert Célébrations Bach, la claveciniste a fait revivre l'époque baroque avec un programme entièrement dédié à la musique de divertissement de Jean-Sébastien Bach.
Organiste, claveciniste, musicologue et pédagogue, Geneviève Soly est véritablement une spécialiste du baroque. Elle concrétise sa passion pour cette époque au sein de l'ensemble Les Idées heureuses, qu'elle a créé en 1987, et elle est motivée par le souci de ressusciter avec le plus d'authenticité possible la musique européenne des 17e et 18e siècles telle qu'elle était jouée.
Pour sa collaboration avec l'OSTR samedi, elle a dû laisser de côté l'idée de s'entourer de musiciens jouant sur des instruments d'époque et avec la technique baroque qui, insiste-t-elle, est différente de la moderne. Une part d'adaptation est nécessaire pour les musiciens modernes, et Mme Soly a pu compter sur sa complice, la violoniste invitée Laura Andriani, pour favoriser l'adaptation des excellents musiciens de la section des cordes de l'OSTR.
Pour respecter les façons de faire du temps, les 11 violonistes, quatre altistes et le contrebassiste de l'OSTR qui formaient l'orchestre de chambre samedi, ont joué debout autour du clavecin - les deux violoncellistes qui complétaient la formation étaient évidemment assises.
Geneviève Soly assurait la direction musicale de ce concert, tout en réalisant l'exploit d'interpréter trois concertos pour clavecin et d'assurer la basse continue pour un autre. 
Mme Soly s'est d'abord exécutée en ouverture de concert dans la Suite no 2 en si mineur, dévoilant son talent d'entrée de jeu. Dans cette pièce d'ouverture, il faut souligner la performance de la flûtiste invitée Marilène Provencher-Leduc, qui s'est démarquée par son agilité, sa précision, sa gracilité et sa fluidité.
La claveciniste s'est par la suite fait valoir dans le Concerto Brandebourgeois no 5 en ré majeur pour flûte traversière, violon principal, cordes et clavecin concertant. En fait, c'est tout l'orchestre et ses deux invitées qui ont offert une démonstration de grand talent. Encore une fois, Marilène Provencher-Leduc a brillé, tout comme Laura Andriani, qui semble danser avec son violon en fusion avec elle.
Après la pause, Geneviève Soly a entrepris un marathon de trois concertos, débutant par celui pour clavecin et cordes no 5 en fa mineur, suivi de celui pour violon, cordes et basse continue en mi majeur. Mme Soly maîtrise son instrument, il va sans dire, et son exécution relève parfois de la performance quasi athlétique. Elle a conclu la soirée avec le Concerto pour clavecin et cordes no 1 en ré mineur, couronnant une soirée au niveau de qualité supérieure.
D'ailleurs, en entendant parler Geneviève Soly de sa passion, le baroque, on comprend que rien n'est laissé au hasard et que la minutie est pour elle un chemin vers la perfection. Elle semble avoir étudié la musique baroque sous toutes ses coutures, autant dans ses entrailles et structures musicales que dans son esthétique, sa symbolique et son contexte historique et social d'émergence et d'essor.
En causerie préconcert, elle a abordé plus théoriquement la rhétorique du discours de la musique baroque, mais a aussi pu raconter des anecdotes sur la vie du jeune Bach qui jouait du violon dans les auberges pour gagner sa pitance. La pédagogue a également pris soin de distinguer les deux volets de l'oeuvre de Bach, l'un religieux, avec notamment ses cantates, et l'autre, plus ludique, dédié aux princes qui l'engageaient pour créer de la musique de divertissement pour leur cour.
Bref, l'OSTR, Geneviève Soly et ses deux invitées ont proposé une soirée de haut niveau, faisant honneur à une musique simple d'écoute, mais que l'on devine complexe en exécution. La musique de Bach est harmonieuse, mélodique et précise, et il en émane une sorte de noblesse qui élève l'esprit dans la sérénité.