Geneviève Soly

Bach à l'OSTR: Geneviève Soly partagera sa passion

Qualifier Geneviève Soly de passionnée de musique baroque est un euphémisme. Organiste, claveciniste, musicologue et pédagogue, la fondatrice et directrice de l'Ensemble des Idées heureuses partagera les ramifications de son intérêt avec le public de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières lors du concert Célébrations Bach le samedi 18 février à la salle J.-Antonio-Thompson.
Marilène Provencher-Leduc
Laura Andriani
En plus de diriger à partir du clavecin les cinq titres au programme de la soirée, entièrement dédié à Jean-Sébastien Bach, elle déploiera son talent de soliste dans trois concertos pour clavecin.
Nous utilisons le terme «diriger», mais la musicienne chevronnée ne le considère pas pertinent pour décrire son rôle. Elle ne veut pas non plus être qualifiée de chef pour la quinzaine de musiciens avec qui elle explorera le répertoire choisi.
«Je ne fais pas de direction. Je ne suis pas debout devant les musiciens avec une baguette. Je suis assise au clavecin et je joue», résume-t-elle en rappelant que Bach dirigeait ses orchestres en jouant du violon - et qu'il serait de toute façon plus facile de diriger avec la souplesse et la mobilité du violon que sous les contraintes de la position du clavecin. Ce sont plein de petits détails et observations comme ceux-là qui émergent dans la conversation avec Geneviève Soly.
Sa passion pour le baroque remonte à l'enfance. «Je suis issue d'une grande famille de musiciens. Mes parents étaient tous deux professeurs d'orgue et de clavecin. Leur spécialité était le répertoire baroque et plus précisément le baroque allemand du 18e siècle. Mon père a enregistré l'intégrale de l'oeuvre de Bach à l'orgue», raconte Geneviève Soly en parlant de ses parents, Bernard et Mireille Lagacé.
«Je suis tombée dans le baroque quand j'étais petite. C'est un langage parfaitement naturel, je n'ai jamais entendu autre chose à la maison. On se levait avec la musique, on se couchait avec la musique. J'ai baigné là-dedans», poursuit celle qui a obtenu un Premier prix d'orgue avec grande distinction à l'unanimité au conservatoire de Montréal à 18 ans.
Intéressée par des domaines variés allant de la botanique à l'histoire, Mme Soly a, depuis son adolescence, cherché à assouvir sa curiosité. Elle a particulièrement cultivé son intérêt pour l'histoire en lien avec la musique: «Assez jeune, j'ai commencé à m'intéresser à des questions qui relèvent de la musicologie et de l'histoire de la musique. Parallèlement à mes études musicales j'ai développé des connaissances, en autodidacte, et j'ai poursuivi là-dedans.»
Elle s'est entre autres initiée aux traités d'époque et aux questions d'esthétique, et a même étudié l'allemand ancien pour apprivoiser plus à fond les cantates de Bach. Elle s'est aussi forcément plongée dans l'histoire de la Nouvelle-France, vu que l'on situe la période baroque à plus ou moins entre 1600 et 1750. 
«Le répertoire que j'interprète est celui de la fondation de notre pays par nos ancêtres français. Je le sens beaucoup, j'ai une espèce de sensibilité temporelle, un lien presque mystique avec nos mères fondatrices. Il y en a beaucoup qui étaient musiciennes et c'est un aspect qu'on a complètement évacué de notre culture», commente Geneviève Soly, toujours en enrobant ses propos de base par des références historiques.
Consciente de l'aspect puriste de son amour pour la musique baroque, Mme Soly confie que dans le milieu musical, certains la surnomment «l'Ayatollah du baroque».
«Pour expliquer mon travail, je dis que je fais de la musicologie appliquée. Pour moi la musicologie et l'interprétation vont ensemble et je me sers des traités d'époque pour essayer de recréer, de nos jours, un langage qu'on n'a pas sur disque, qui n'a pas été enregistré. La façon dont on exprime la musique baroque est totalement différente de la façon dont on exprime la musique au 19e et au 20e siècles. C'est pour ça qu'on a créé la spécialisation d'interprète en musique baroque», dit-elle.
Le 18 février à Trois-Rivières, Mme Soly jouera avec les musiciens de l'OSTR en formation baroque, soit une quinzaine d'instrumentistes de la section des cordes. Ils seront joints par la violoniste d'origine italienne Laura Andriani, membre des Idées heureuses et premier violon du Quatuor Alcan, et par la flûtiste Marilène Provencher-Leduc, une jeune artiste que Geneviève Soly connaît et soutient depuis longtemps.
Le programme sera inauguré par la Suite no 2 en si mineur, suivie du Concerto pour clavecin no 1 en ré mineur, du Concerto pour violon en mi majeur, du Concerto pour clavecin no 5 en fa mineur et du Concerto Brandebourgeois no 5 en ré majeur.