C’est un documentaire fascinant et plein de tendresse qu’ont réalisé Joannie Lafrenière et le Trifluvien Renaud de Repentigny sur Elvis Lajoie. King Lajoie sera disponible pour visionnement gratuit dès vendredi sur la plateforme Gem de CBC.

Avec amour, humour et tendresse

Trois-Rivières — Elvis Lajoie fait partie du décor, de la trifluvie comme la rue des Forges, le centre commercial Les Rivières, la salle Thompson. Il fallait l’œil étranger de la cinéaste Joannie Lafrenière pour entraîner le nôtre à percevoir ce personnage unique sous une lumière nouvelle. Elle y réussit d’une façon aussi brillante que singulière dans son documentaire King Lajoie qui sera disponible dès le vendredi 6 décembre sur la plateforme Gem de la CBC.

La réalisatrice et photographe a entendu parler d’Elvis Lajoie par des amis trifluviens, elle qui était à la recherche de personnages un peu excentriques à présenter dans le cadre d’une émission qu’elle réalisait. Elle ne pouvait pas ne pas rencontrer notre Elvis, ont affirmé ses amis. «Ils insistaient vraiment beaucoup, relate-t-elle. Je leur ai dit de me faire un pitch de vente et quand ils m’ont dit qu’il habitait dans un Graceland II, j’avoue que j’ai trouvé l’argument percutant.»

Entre elle et le personnificateur, une rencontre foudroyante. La cinéaste a été conquise, fascinée même, par cet aspirant on ne peut plus légitime au titre du plus sincère fan d’Elvis.

«C’est toute la notion de quête identitaire à travers une autre personne qui m’a captivée. À travers une passion absolue pour Elvis, c’est le petit Gilles Lajoie qui s’est déployé. Lui-même dit dans le film que s’il n’avait pas connu Elvis, il aurait probablement vécu une petite vie bien rangée, bien banale. En fouillant le sujet, j’ai découvert qu’il n’est pas seul dans sa passion mais qu’il a tout un entourage qu’il anime de son enthousiasme.»

Avec l’aide du cameraman trifluvien Renaud de Repentigny, elle a construit un document tout à fait exceptionnel. À travers une direction artistique d’un kitsch magnifique, elle arrive, dans un travail d’équilibriste stupéfiant, à non seulement nous faire entrer dans l’univers du King Lajoie mais à dessiner la personnalité du petit Gilles qui se cache dans les jumpsuits à paillettes et pattes d’éléphant. Elle plonge dans son univers dont elle témoigne des dissonances tout en rendant un hommage attendri à cet homme décidément hors du commun. Un homme à la candeur admirable, à travers la peau bronzée duquel s’infiltre un bonheur juvénile, contagieux et imperméable à la culpabilité.

C’est un regard décidément admiratif que pose sa caméra qui, tout comme dans son autre documentaire Snowbirds, se refuse obstinément à toute forme d’ironie. «Porter un jugement sur lui ou son monde, ça aurait été établir un rapport opportuniste dont j’aurais été incapable, soumet-elle sur un ton qui exclut le mensonge. C’est vrai que c’est une réalité qui est loin de moi mais c’est peut-être justement la raison pour laquelle elle me fascine. Ça suscite assurément une curiosité qu’on peut très bien assumer avec amour, humour et tendresse. Elvis Lajoie nous montre que tout le monde cherche sa place au soleil et si lui la trouve dans cet univers, eh bien: tant mieux! Il y a chez lui un rapport à la candeur et à l’enfance qui me touche profondément. Il est resté jeune.»

«Ma prise de position dans ce film, c’est de défaire la caricature que retiennent beaucoup de gens. Ma démarche n’est vraiment pas journalistique. L’idée qui m’a frappée le plus, je pense, c’est qu’il est une star locale: en lui, le banal et le grandiose se rencontrent. C’est ça, Elvis Lajoie. Il n’était pas question pour moi de déconstruire le mythe, bien au contraire. Je voulais également montrer qu’il fait se sentir vraiment bien son entourage. Ça, je trouve ça intéressant.»

«Il demeure bien ancré dans la réalité dans le cadre de sa vie quotidienne, note Renaud de Repentigny, mais apporte un côté un peu fantasmagorique à sa vie qui assure une forme d’équilibre et peut-être que c’est ce qui nous manque un peu dans le monde actuel. Il poursuit aujourd’hui son rêve de p’tit gars en résistant à l’appel de notre société qui incite à se fondre dans un cadre normatif.»

Dans sa proposition, la cinéaste ne lésine en aucune façon sur le kitsch qui la fascine, littéralement. «Je viens de la photo, alors ça influence mon approche. Mon film est bourré de plans fixes. La présentation de chaque intervenant se fait dans un lieu qui le définit. J’ai voulu que chacune de ces entrevues soit un tableau et l’image est très soignée, ce qu’on ne fait pas beaucoup dans les documentaires.»

Par ailleurs, aussi bien Joannie Lafrenière que son complice Renaud de Repentigny ont l’immense mérite de faire confiance aux spectateurs en laissant à chacun le soin de se faire une opinion sur Elvis Lajoie. Si tant est qu’il y ait une opinion à se faire, mais comment ne pas être touché par sa candide, sincère et si universelle quête d’identité?

A-t-on précisé que c’est un documentaire à ne pas manquer? On aurait dû...