Alexandre Landry

Authentique et heureux

MONTRÉAL — Ce qui frappe quand on voit Alexandre Landry à l’écran, petit ou grand, c’est cette capacité intérieure à transformer complètement sa personnalité pour devenir autre. En personne, ce qui frappe, c’est sa gentillesse et sa ferveur aussi exceptionnelles que peut l’être son talent d’acteur.

Habitué de productions cinématographiques plutôt modestes qui l’ont pourtant projeté au sommet de la liste des meilleurs jeunes acteurs canadiens de sa génération, il expérimente une autre facette de son métier en étant la tête d’affiche d’un film majeur d’un cinéaste reconnu mondialement. La seule conférence de presse devant les nombreux représentants des médias montréalais la journée de la première du film, le terrorisait. «C’est fou mais j’étais super anxieux, a-t-il confié en entrevue au Nouvelliste avec une candeur que n’aurait pas renié son personnage de Pierre-Paul dans La chute de l’empire américain. J’avais des papillons dans le ventre, le cœur qui voulait exploser. Je me dis que tout le monde qui était autour de moi devait avoir un peu de ça sinon, ce serait insoutenable de m’infliger ce stress-là et que je sois le seul à qui ça arrive.»

«Une des choses qui me fait le plus angoisser avec le processus d’entrevue, c’est la question de l’authenticité: comment rester soi-même dans ce cadre? On te met des caméras dans le visage, quelqu’un te pose des questions mais tu es seul à l’écran et tu dois répondre les bonnes choses tout en étant toi-même. Or, ça ne se passe pas comme ça dans la vie: ce n’est pas une rencontre naturelle. Je comprends quand même pourquoi ça existe, pourquoi ça fait partie du processus de faire un film. D’ailleurs, qu’on m’invite à faire des entrevues, je ressens ça comme un super bel hommage. Des gens s’intéressent à toi: c’est merveilleux, surtout que c’est parce qu’ils aiment ton travail et te le disent.»

«Ils veulent te connaître toi, tel que tu es; n’est-ce pas ce qu’un acteur recherche, au fond? Mais en même temps, c’est très difficile d’être authentique: ça ne se commande pas. L’authenticité, c’est précisément ma quête dans le travail, justement, et c’est difficile. Je travaille très fort pour essayer d’être vraiment authentique de temps en temps à l’écran.»

C’est ainsi, à travers son discours touffu, qu’on rejoint l’autre caractéristique de cet homme étonnant et fascinant: il est fervent. Pour illustrer à quel point il est un acteur sérieux, Denys Arcand a raconté que pour se mettre dans la peau de son personnage, un docteur en philosophie, sur le plateau du tournage de La chute de l’empire américain, Alexandre lisait L’éthique de Spinosa. «Je ne sais pas si vous avez essayé de lire ça, mais c’est incroyablement ardu. Je ne vous le recommande vraiment pas!» 

Or, c’était plus ardu encore pour le comédien. «Le pire, c’est que je suis dyslexique, avoue Landry. La lecture a toujours été extrêmement difficile pour moi. Mais je trouvais que c’était un bon défi que d’essayer de lire Spinosa et ça m’imprégnait davantage de mon personnage. En plus, tout ça origine du scénario de Denys Arcand, c’est son univers, et j’ai adoré me perdre dans son monde à lui.»

Alexandre Landry parle de se perdre alors qu’il suffit de jaser avec lui pendant quelques minutes pour comprendre qu’il ne se perdra jamais. Ses valeurs sont claires, ancrées profondes, avec des racines. L’argent, la gloire, le pouvoir, tout cela l’interpelle mais il sait que ce ne sont jamais que des moyens. «On m’a posé la question de mon rapport personnel à l’argent puisque c’est au centre du propos du film. Je pense que l’argent, c’est important mais pour qu’il serve à réaliser les choses qui comptent vraiment à nos yeux. L’argent en tant que tel n’a aucun intérêt: l’accumuler, le compter, chercher à en avoir toujours davantage, c’est futile. L’utiliser pour faire ce qui nous rend heureux, ça, c’est essentiel.»

«Je suis content du métier que je fais parce que j’adore incarner des personnages. Surtout que je suis super chanceux et que les choses vont vraiment très bien pour moi. Mais récemment, j’étais avec des amis dans le bois et je me suis rendu compte que je pourrais aussi être parfaitement heureux à faire autre chose complètement. Je suis très attiré par toutes sortes de choses dans la vie et je sais que je pourrais être comblé à m’investir dans des projets totalement différents. J’ai trouvé ça rassurant d’avoir cette conviction au fond de moi.»

Ce n’est pas faire de la bête psycho-pop que de croire que ça tient à ce qu’il a des attaches familiales fortes, à Saint-Étienne-des-Grès, où ses parents demeurent toujours. La famille, les racines, c’est l’axe immuable autour duquel tourne la planète de sa vie. «J’étais encore chez mes parents la fin de semaine dernière. Je suis très attaché à ma famille et à ce coin de pays d’où je viens. J’y retourne régulièrement. Chez nous, les partys de famille prennent beaucoup de place et ce sont des réunions avec 35 ou 40 personnes!»

«J’habite Montréal depuis longtemps mais ç’a été tout un apprentissage pour moi que d’apprendre à aimer la ville et le bitume. Il me prend encore des envies soudaines de prendre le large, d’aller faire un tour du côté de La Gabelle. Je ressens comme un appel de l’eau, d’un endroit paisible, calme, entouré de végétation où je peux vraiment me retrouver.»