La pièce Festen, et son imposante distribution, prendra l’affiche à compter de jeudi à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Au cœur du tourment

Trois-Rivières — Pour conclure la 99e saison, le Théâtre des Nouveaux compagnons plonge au cœur d’une œuvre dramatique. Tiré du film sorti en 1998, et auréolé du Prix du jury à Canne, Festen a été adapté pour le théâtre par Thomas Vinterberg, Mogen Rukov et Bo Hr Hansen. L’action se déroule lors d’un souper, festif au départ, où exploseront plusieurs conflits familiaux, un riche terreau théâtral.

Festen n’est pas une pièce légère et la richesse des personnages a grandement séduit le metteur en scène Éric Ahern. «On a des personnages très typés, très colorés, chacun à leur façon. L’intrigue tourne vraiment autour du père et l’un de ses fils qui est manifestement troublé.»

«J’essaie d’explorer la nature de ce trouble que vit ce garçon-là. Ce qu’il reproche à la famille ou à son père, on se demande toujours si c’est la vérité ou si c’est du délire.»

Dans la vie de tous les jours, Éric Ahern a travaillé comme infirmier psychiatrique et enseigne actuellement à l’UQTR. «Je me sers de mon expérience, entre autres professionnelle, surtout pour travailler la psychologie des rôles principaux. Mais j’ai quand même des comédiens et comédiennes aguerris à qui je n’ai pas trop besoin de donner des conseils stricts. Je pense à Rollande Lambert, par exemple, qui a beaucoup d’expérience. Claude Rioux est un habitué de la scène. Il a toute la prestance d’un père riche qui est arrivé à élever une famille qui, du point de vue externe, est très enviable.»

L’importante quantité de comédiens requise pour compléter la distribution représentait invariablement l’un des principaux défis qui se dressaient devant le metteur en scène.

«On a plus de 15 comédiens alors c’est une distribution qui est très complexe au niveau de la logistique. C’est complexe simplement de faire un horaire où les gens sont disponibles. On n’a pas eu souvent l’occasion d’avoir une répétition tout le monde ensemble.»

Les occupations des uns et des autres étaient un casse-tête majeur pour le metteur en scène qui n’avait jamais dirigé une aussi grosse équipe. «Juste le recrutement est un grand défi d’autant que c’est la dernière pièce de la saison toutes troupes confondues donc, au moment du recrutement, il y avait des gens qui avaient de l’intérêt mais qui étaient déjà impliqués dans une autre pièce», lance Éric Ahern.

Déterminé à mener ce dossier à terme, le metteur en scène ne s’est pas laissé décourager par les embûches et s’est plutôt concentré sur le plaisir qu’il avait à élaborer la psychologie des personnages avec ses comédiens. «J’ai fait une première proposition d’analyse psychologique des personnages principaux. Pour les autres personnages qui gravitent autour je leur ai donné carte blanche de me proposer des choses et selon ce qu’ils me proposaient, j’acceptais ou je modifiais. À vrai dire, c’est très rare que je modifiais quelque chose. Ce sont des gens qui ont une intelligence théâtrale et qui proposent de bonnes choses.»

Même si l’action se déroule dans un somptueux château, Éric Ahern n’a pas versé dans l’envie d’en faire trop. «Je suis un anti-décor. Je n’aime pas les décors réalistes. Par contre, je suis un maniaque des éclairages. Pour moi les éclairages peuvent faire office de mur, d’ornement de tout ce qu’un château peut contenir: la fête de famille se déroule dans un château puisque c’est une famille riche. J’aime mieux permettre au spectateur de travailler son imagination et d’imaginer les éléments de ce décor-là par des projections, par du découpage d’éclairage et comme ça, je fonctionne bien par convention. Pour les gens qui sont moins habitués à voir du théâtre, la convention est très facile à saisir.»

Il a donc travaillé très fort avec Luc Levreault sur la conception du scénario d’éclairage qui lui permettra de bien situer le spectateur. Il a également souligné la collaboration précieuse avec Sylvain Robert pour les projections, entre autres.

C’est donc sur une scène Anaïs-Allard-Rousseau dépouillée que le Théâtre des Nouveaux compagnons prendra racine pour la dernière fois de la saison les 4,5,6,11,12 et 13 avril à 20 h ainsi que le 7 avril à 14 h.