Régisseuse de plateau, la Trifluvienne Éveline Charland vit un apprentissage extrêmement riche et précieux au sein de l’équipe du Cirque du Soleil qui reprend du service mercredi pour une deuxième semaine de représentations du spectacle Juste une p’tite nuite.

Au cœur de la création

TROIS-RIVIÈRES — La volonté du Cirque du Soleil de chercher dans la communauté trifluvienne des collaborateurs n’est pas que vaine intention. La preuve en est notamment offerte par la présence au sein de l’équipe d’Éveline Charland qui agit comme régisseuse de plateau pour le spectacle Juste une p’tite nuite.

Éveline Charland n’est pas une nouvelle collaboratrice avec le Cirque puisque lors des trois premiers spectacles de la série Hommage à l’Amphithéâtre Cogeco, elle a agi comme coordonnatrice de la logistique. Elle s’occupait alors de tout ce qui entourait la venue de l’équipe à Trois-Rivières et leur servait d’intermédiaire pour leurs demandes auprès de gens de la communauté.

Son nouveau rôle l’amène à côtoyer de plus près l’équipe de création avec laquelle elle travaille en étroite collaboration. C’est à elle qu’appartient la responsabilité de superviser les répétitions, de s’assurer que les artistes ont tout ce dont ils ont besoin au bon endroit au bon moment tant pour les répétitions que pour le spectacle. Cela implique de travailler avec les techniciens et machinistes, ceux qui, dans l’ombre, assurent la bonne marche du spectacle. «J’ai vraiment l’impression d’être au cœur de la création du spectacle, commente-t-elle. Je suis proche des créateurs et je peux aussi assister aux réflexions d’équipe qui ont lieu au cours du dernier stade de création. C’est extrêmement enrichissant.»

Elle qui possède une solide expérience de metteure en scène au théâtre dit avoir aussi été très impressionnée par l’ampleur des contraintes inhérentes à un spectacle de cirque. «Il faut comprendre que les aspects techniques sont excessivement complexes parce qu’il faut non seulement monter un numéro spectaculaire et efficace mais assurer aussi la sécurité des artistes avec un montage technique très sophistiqué. J’avoue que lors de la première répétition générale, je trouvais que ça allait vraiment très vite. On ne réalise pas tout ce qui peut entrer en ligne de compte pour présenter un numéro réussi.»


« J’ai vraiment l’impression d’être au cœur de la création du spectacle »
Éveline Charland

«À la tête de toute cette immense machine, on a Jean-Guy Legault, le metteur en scène qui vient d’ailleurs du monde du théâtre, qui doit partager avec tout le monde sa vision artistique et la faire comprendre de façon à ce que chaque spécialiste soit en mesure d’y contribuer au meilleur de ses capacités.»

Elle cite en exemple la complicité qu’elle a constatée entre lui et Émilie Therrien, son assistante, qui est aussi la conceptrice de la performance et de la chorégraphie acrobatiques. «Si on regarde le numéro sur la chanson Belzébuth, illustre-t-elle, ils ont d’abord écrit une histoire autour de la chanson et ensuite, il fallait créer le numéro acrobatique autour de ça. Le numéro acrobatique du mât chinois devient un élément central de tout un univers. Quand on parle de travail d’équipe, c’est vraiment le cas. Le plus étonnant, c’est que ça se fait toujours dans la bonne humeur. Chaque personne est la meilleure dans son domaine mais tout le monde met son ego de côté pour participer à la création d’un grand spectacle.»

Efficacité
Autre objet d’admiration pour la Trifluvienne, c’est la rapidité avec laquelle le Cirque peut arriver à mettre un numéro au point. «C’est un processus extrêmement intense qui amène des résultats très rapides. Je pensais que je connaissais pas mal bien le travail de régie pour l’avoir fait avec Véronique Marcotte pour plusieurs spectacles d’envergure comme ceux de la Fête du Canada à Montréal et Laval, notamment, mais la vérité, c’est que j’ai eu l’impression de repartir à zéro ici. Heureusement, je travaillais avec la régisseuse principale Lucie Doyon qui est d’une compétence hallucinante. Comme tout le reste de l’équipe d’ailleurs. Les deux machinistes, pour ne donner que cet exemple, sont eux-mêmes de véritables machines, des gars d’une efficacité incroyable.»

C’est probablement cet esprit d’équipe et l’importance du facteur humain qui lui laissent l’impression la plus forte de son expérience jusqu’à maintenant. Non seulement n’a-t-on nullement besoin de créer des tensions pour arriver à des résultats exceptionnels, mais on arrive à tirer le meilleur de chacun. «Tout le monde est dévoué au spectacle, dit Éveline Charland et chacun veut apporter son expertise pour le rendre meilleur. On y consacre tous beaucoup de temps et d’énergie parce que tout le monde est profondément engagé.»

Cet esprit d’équipe s’est révélé de façon aiguë dans un moment que la jeune femme n’est pas prête d’oublier. Au terme de la première, comme ce sera le cas pour chaque représentation, elle, comme tout le reste de l’équipe de l’ombre, a été invitée à saluer le public sur la scène. «On fait tous partie d’une seule et même gang alors, il fallait qu’on aille saluer. De voir l’amphithéâtre plein de gens debout pour applaudir et crier leur satisfaction, j’avoue que ç’a été un moment extrêmement émouvant. J’ai versé quelques larmes sur la scène. Je trouvais ça très beau d’être là pour goûter ce moment avec tous les autres intervenants. C’est là qu’on comprend que le peu qu’on a apporté a été utile et probablement nécessaire pour en arriver au résultat final. C’est très gratifiant.»

Elle ne peut évaluer encore ce que la metteure en scène en elle retirera de cette expérience mais elle sait intimement qu’elle sera très enrichissante. «Il me faudra un certain recul. J’accumule encore les apprentissages et je sens que ça va me nourrir énormément. On apprend en travaillant avec les meilleurs et c’est ce qui m’arrive ici. J’ai vu que des visions artistiques peuvent devenir concrètes dans le cadre d’un spectacle quand on va chercher ce que chacun a de meilleur à offrir. J’ai toujours aimé le travail d’équipe au théâtre, mais là, je le vis à un niveau supérieur.»