Melissa Etheridge a, du début à la fin, su créer un contact privilégié avec ce public qui ne parlait pas sa langue et dont elle ne pouvait adopter la sienne malgré de nombreux et sympathiques efforts.

Attachante Melissa Etheridge

TROIS-RIVIÈRES – Melissa Etheridge n’aura passé que quelques heures à Trois-Rivières mais je ne serais en rien surpris qu’elle en conserve un fort joli souvenir. Elle a été reçue avec les plus beaux égards de la météo, histoire de lui faire apprécier la splendeur du fleuve, de la rivière, du site, en somme, dans ce qu’il a de plus accueillant. Plus important, elle a été chérie par ses fans enthousiastes.

L’ouverture des portes de l’Amphithéâtre à 18 h avec animation semble être une initiative appréciée du public déjà passablement nombreux à se prélasser au soleil tombant sur l’esplanade de l’amphithéâtre à 18 h 30. Il aurait été bête de ne pas profiter de ce que l’été a de meilleur à nous offrir, non?

Le Canadien Jack de Keyzer a pris place sur la scène à l’heure dite devant un public, ma foi, assez intéressant pour une pré-première partie. On dira ce qu’on voudra, le public trifluvien aime le blues dans toutes ses déclinaisons.

Ce remarquable guitariste canadien a fait fi de l’heure hâtive et s’est donné avec un entrain de fin de soirée en compagnie de ses quatre musiciens. Il a le boogie-woogie allègre, le bougre. Pour mettre les amateurs dans l’ambiance, c’était tout à fait ça. Je décerne volontiers une mention plus qu’honorable au saxophoniste ténor Richard Thornton qui a pris davantage que sa modeste place et nous a offert d’assez sensuelles émotions. Pas évident de se faire remarquer à côté d’un aussi brillant musicien que de Keyzer.

Autre nom, autre ambiance. Le blues bien rock aux accents psychédéliques de Doyle Bramhall II est venu apporter un contraste pour le moins marqué dans la suite de la soirée. Décidément, la programmation de Trois-Rivières en Blues se diversifie avec le temps; c’est le signe d’un événement qui prend de l’ampleur.

Un personnage, Doyle, avec un cv émaillé de collaborations avec d’immenses artistes, Eric Clapton le premier. Des géants qui l’ont nourri, manifestement, dans sa propre quête assez singulière. Cet intense bain dans une inspiration années 70 aura très certainement touché les nombreux amateurs présents qui en gardent le souvenir.

Au moment où l’invitée d’honneur a pris la scène, à précisément 21 h 45, il devait bien y avoir 4000 personnes pour l’accueillir incluant la joyeuse bande d’occupants de la festive et fort achalandée zone VIP.

Melissa Etheridge a parti le bal avec No Souvenirs, une façon de donner le ton à ce spectacle intimiste avec la grâce particulière de l’interprète. Elle a, du début à la fin, su créer un contact privilégié avec ce public qui ne parlait pas sa langue et dont elle ne pouvait adopter la sienne malgré de nombreux et sympathiques efforts. «J’aurais tellement aimé vous parler en français», a-t-elle dit aux Trifluviens après la première chanson. C’est donc en anglais qu’elle a raconté plus tard qu’elle a récemment découvert qu’elle a du sang québécois. «Du côté de mon père, si on remonte très loin en arrière, nous sommes les descendants d’un coureur des bois qui venait du Québec.»

Mme Etheridge a énormément de métier. Son spectacle, parfaitement rodé, en a témoigné sans cesse. Chaque chanson aurait pu mériter un enregistrement tant elles étaient impeccablement emballées. Un peu d’inattendu, un peu de magie aurait donné du relief à la soirée mais vous savez ce que c’est: on ne commande ni ne prépare la magie.

N’entendez pas par là qu’elle a manqué d’émotion. Elle s’est donnée avec la sincérité d’une artiste simple et vraie qui adore la scène et ses fans, manifestement et c’était absolument réjouissant.

Côté répertoire, comme promis, elle s’est promenée allégrement à travers les quinze albums qui jalonnent son parcours, s’arrêtant aux chansons qui ont forgé l’affection de ses fans. On a senti le premier moment vraiment significatif quand elle a interprété I Want to Come Over comme quatrième pièce. Les vrais fans se sont levés et on a surtout clairement senti que les acclamations prenaient leur source plus profondément chez eux. Mêmes frissons pour Come to My Window, immédiatement suivie de la dynamique Bring Me Some Water.

Au moment de terminer ce texte, la chanteuse n’avait pas abordé son immense Like the Way I Do mais on peut garantir l’émotion.

Il n’est pas vain de mentionner que la chanteuse était vraiment très en voix. Hommage à son très grand professionnalisme.

Vendredi soir, place à Colin James en tête d’affiche. Il est attendu à 21 h 45. À 19 h, le public pourra entendre Mike Goudreau & Diunna Greenleaf. À 20 h 15, il paraît qu’il ne faut pas manquer Mr. Sipp. Je vous dis ça en passant. Et à partir de 18 h sur l’esplanade, on entendra Lachey Doley en savourant la petite brise marine.