Le chef Stephen Smith dirigera l’OSTR pour la toute première fois en fin de semaine alors que l’orchestre accompagnera le soliste André Laplante dans l’interprétation de l’intégrale des cinq concertos pour piano de Beethoven. Le tout, en deux concerts distincts samedi et dimanche.

Apprivoiser le maître

TROIS-RIVIÈRES — La célébration Beethoven que s’offre l’OSTR pour la fin de semaine prochaine se présente sous les meilleurs auspices avec un soliste, le pianiste André Laplante, qui a, depuis longtemps, fait ses preuves et un chef, Stephen Smith, qui ne connaît Beethoven en profondeur que depuis peu. Les deux uniront pourtant leur talent pour deux concerts qui présenteront l’intégrale des cinq concertos pour piano de Beethoven: un, samedi soir 20 h et l’autre, dimanche après-midi 14 h, à la salle Thompson, évidemment.

Rétablissons immédiatement les choses: Smith est particulièrement versé dans la musique baroque et il avoue très humblement qu’il a toujours été réticent à approcher la musique du grand maître allemand. «Le plus étonnant, soumet-il, c’est que je ne peux pas dire très bien pourquoi. J’ai toujours évité d’avoir une rencontre trop intime avec Beethoven. J’ai beaucoup dirigé la musique de Bach, Haydn, Mozart, Schubert, Brahms, des compositeurs autour de Beethoven. Est-ce parce que sa musique est trop importante, trop intellectuelle, trop formelle, trop allemande, peut-être? Mais j’ai toujours craint de m’approcher trop près de lui. Avec ce projet, j’ai découvert un Beethoven très humain et j’ai enfin trouvé un chemin pour l’approcher.»

Comme beaucoup de grandes rencontres dans une vie, elle-ci est arrivée par hasard. Selon le maestro, le projet avait été initié par Jacques Lacombe et André Laplante mais avec le départ du chef trifluvien, il a fallu trouver un chef pour diriger les deux concerts. Or, il se trouve que l’agent d’André Laplante est aussi celui de Stephen Smith.

Ce dernier ne s’en cache pas: il ne connaissait pas l’OSTR. «Je connaissais André Laplante de réputation, je savais qu’il est un très grand pianiste mais je ne savais rien de l’orchestre de Trois-Rivières. Je me suis informé pour apprendre que c’est un orchestre ayant une très solide réputation d’excellence.»

Ce qui l’a intéressé également, c’est la formule voulant qu’on interprète les cinq concertos pour piano de Beethoven dans un même projet: une occasion idéale d’apprivoiser le maître. «Ce projet m’a permis de me lancer profondément pour la première fois dans sa musique et ç’a été, jusqu’ici, un magnifique voyage et une véritable révélation. J’ai pu découvrir qu’il est le maître de la surprise: vous ne pouvez jamais savoir ce qu’il vous réserve quelques mesures plus tard. Il sait reprendre une phrase musicale de façon complètement différente ou arriver avec un rythme syncopé parfaitement inattendu, etc.»

«Même si j’ai entendu sa musique à de nombreuses reprises, j’ai étudié ces partitions comme si je découvrais la musique pour la première fois et ça m’a donné l’avantage important de le découvrir comme le maître qu’il est. On le constate dans l’élaboration de ses motifs musicaux: pensez à sa 5e Symphonie, comment il peut partir de quatre notes très simples et bâtir autour d’elle une oeuvre monumentale d’une quarantaine de minutes.»

«J’ai pu constater à quel point il est attentif à l’articulation dans ses cordes. De plus, le spectre d’émotions qu’il génère entre le lyrique et le dramatique est tout simplement renversant.»

Cette maestria suggère que l’orchestre trifluvien fera face à un défi considérable. «Le défi de l’orchestre, explique Stephen Smith, ce sera de jouer cinq concertos de telle sorte que chacun captive complètement l’auditoire. Habituellement, on entendra un concerto en ouverture de concert et une symphonie interprétée après l’entracte. Cette fois, l’orchestre doit jouer chaque concerto avec un total investissement. Certes, les musiciens auront pour rôle d’accompagner le soliste mais c’est bien là le danger: il est facile de prendre les choses de façon relax. Les musiciens devront jouer chaque note comme si celle-ci devait être la plus importante qu’ils aient jamais jouée. Même si c’est dans un accompagnement répétitif. À mes yeux, c’est le défi le plus important: faire en sorte que chacun des cinq concertos soit une électrisante oeuvre musicale.»

Si cela peut servir de motivation aux musiciens de l’OSTR, Stephen Smith a eu une répétition avec André Laplante en janvier pour préparer ce concert: ils ont passé onze heures à travailler! «C’était une journée très intense, convient-il. Il nous fallait nous entendre sur l’approche à privilégier. Je viens de la musique baroque et lui, d’une vision romantique du piano. Nous avons trouvé un terrain d’entente quelque part entre les deux. Nous avons répété encore et encore les portions sur lesquelles nous différions d’opinions, jusqu’à trouver l’interprétation juste qui nous convenait à tous les deux et qui permettait à la musique de s’animer dans toute sa force.»

«J’estime que Beethoven a donné toutes les indications nécessaires quant à l’interprétation. Mon travail de direction de l’orchestre, c’est de regarder la grammaire des pièces, de trouver les indications laissées par le compositeur. Aller à l’essentiel, en somme; dès lors, la musique se joue d’elle-même. Il suffit que les musiciens sachent ce que j’attends d’eux ensuite, aux concerts, on souhaite que quelque chose de plus naisse dans la magie du moment. Comme le disait un grand musicien, les répétitions sont faites de milliers de non et la performance, elle, est un grand oui!»