Alexandre Landry trouve que c’est dans la candeur que son personnage de Pierre-Paul le rejoint le plus.

Apprendre du maître

MONTRÉAL — Appelé à commenter sa direction de comédiens en conférence de presse, Denys Arcand a dit qu’il n’avait pas de méthode, qu’il devait s’adapter à chaque individu. «Avec Maripier (Morin), il me fallait la rassurer, la mettre en confiance alors qu’avec un gars comme Alexandre (Landry), on peut le bousculer, on sait qu’il va s’en sortir. Il pense que je ne l’aime pas parce que je l’ai beaucoup poussé», a-t-il dit en accompagnant les paroles d’une fausse «bine» sur l’épaule.

Tout juste avant que la conférence de presse ne prenne fin, Alexandre Landry a insisté pour reprendre le micro question d’établir une chose: «Je ne veux pas que vous ayez une fausse impression de Denys. C’est quelqu’un qui offre une grande liberté et qui a énormément d’écoute pour nos propositions. Il a l’humilité d‘accepter les propositions des autres si elles nourrissent le film. J’ai énormément aimé travailler avec lui.»

Le maître l’a-t-il bousculé comme il l’a prétendu? «Pas vraiment. Il faut dire que je suis bon élève. En partant, Denys est un dialoguiste extraordinaire et en lisant simplement ses textes, on comprend très bien ce qu’il veut dire et comment il le veut. Jamais il ne nous disait qu’il voulait qu’on dise la réplique d’une certaine façon. Il m’a dit que sa direction d’acteur se limitait à cinq mots différents: plus vite, plus lent, plus fort ou plus doux. Denys est comme quelqu’un de passif-actif avec toute l’équipe. On a l’impression qu’il n’intervient pas mais il obtient très précisément de chacun les résultats qu’il veut.»

Tout comme Alexandre Landry, Maripier Morin en est à une première expérience avec Denys Arcand dans La chute de l’empire américain.

Le rôle de Pierre-Paul Daoust va comme un gant à cet acteur hors du commun dont la personnalité est marquée par une sorte de candeur magnifiée par son personnage. «Je trouvais que c’est là, dans la candeur, qu’il me rejoignait le plus. J’ai toujours aimé Candide de Voltaire, un des premiers livres dont je suis tombé amoureux du héros. Je sentais chez lui une ouverture d’esprit qui me ressemble. C’est comme Pierre-Paul qui fait simplement confiance aux gens. C’était la chose la plus importante à faire ressortir de lui: il fallait sentir son ouverture constante, son espoir.»

«Par ailleurs, dans l’interprétation, il m’importait qu’on constate immédiatement sa grande intelligence. L’être humain est une espèce grégaire et l’intelligence de base, je pense que c’est de bien s’entourer et de faire confiance aux gens qui nous entourent.»

«Pierre-Paul est quelqu’un de réservé mais capable de gestes impulsifs quand il sent que c’est important. Il en commet trois dans le film qui déterminent son destin. Je me reconnais un peu en lui et c’est sûr que c’est un personnage que j’aime. C’est un des critères fondamentaux pour moi dans le choix d’un projet: il faut que j’aime le personnage, qu’il me permette d’exprimer quelque chose qui me tient à cœur. Dans ce cas-ci, la bonté de Pierre-Paul m’a attiré. Il commet un vol, mais finalement, on comprend qu’il le fait pour de bonnes raisons. Il ne se laisse pas séduire par l’argent en tant que tel. J’aime qu’un tel personnage puisse représenter la lumière dans le constat assez dur que fait Denys Arcand de notre monde.»

Croit-il qu’à cause de la notoriété du film, il s’agira d’un rôle marquant dans sa carrière? «C’est sûr que le film va avoir beaucoup d’impact mais je ne peux pas dire ce que ça va amener à ma carrière. C’est certain que c’est un très beau rôle mais même si ça sonne comme un cliché, je souhaite que chaque projet soit majeur dans ma carrière, chacun à sa façon. On a des choses à apprendre de chaque aventure dans lesquelles on se lance.»