Julien Lamy, physiothérapeute de profession, a l’occasion d’élargir son champ d’expertise en travaillant avec les artistes du Cirque du Soleil dans le cadre du spectacle Juste une p’tite nuite.

Apprendre avec les meilleurs

TROIS-RIVIÈRES — Les prouesses que réalisent quotidiennement les artistes du Cirque du Soleil ne sont pas tellement différentes de celles de sportifs d’élite et comme eux, ils ont besoin des soins attentifs d’un physiothérapeute pour demeurer non seulement en santé mais en pleine possession de leurs exceptionnels moyens. Depuis trois étés, Julien Lamy s’occupe des petits bobos des athlètes de la beauté en mouvement.

Le jeune homme de 27 ans est diplômé en physiothérapie de l’Université Laval depuis 2015. Il s’est fait une spécialité de travailler avec des athlètes bien qu’il exerce sa profession dans une clinique trifluvienne ouverte au grand public pendant la majorité de l’année. «Peu importe à qui on s’adresse, ça reste de la physiothérapie, vous savez.»

N’empêche qu’il a ici affaire à des individus qu’on peut qualifier d’exceptionnellement doués. «Le travail est très semblable à ce qu’on peut faire avec des athlètes. Le type de blessures est assez similaire. Je dirais qu’une des caractéristiques des artistes de cirque c’est qu’ils doivent être à 100 % de leurs capacités à chaque représentation. Leur niveau de performance est peut-être plus exigeant parce qu’ils prennent souvent des risques importants dans leurs numéros.»

Les artistes ont de grandes qualités physiques mais ça reste des êtres humains, constitués comme tout le monde, qui font des choses que tout le monde ne fait pas. «Évidemment, une contorsionniste est quelqu’un de très souple et qui a les caractéristiques physiques pour faire ce type de performance. Quand une vient me voir en me disant qu’elle est raide, je rigole et lui dis qu’elle n’est pas raide mais qu’elle l’est plus que d’habitude! Mon rôle, c’est de l’aider à retrouver cette petite coche qui fait la différence et qui lui permet de pousser son corps un peu plus loin. Ça dépend de chaque individu, de ses caractéristiques, de son âge et de comment il prend soin de lui.»

«La plupart d’entre eux ont toujours bien pris soin de leur corps alors, ils sont en excellente forme. Le problème, c’est qu’ils ne peuvent tout simplement pas être diminués ne fut-ce que légèrement. C’est toujours un beau défi pour moi que de travailler à les ramener au maximum de leurs capacités. C’est souvent davantage de la prévention en les aidant à gérer leur entraînement. On ne peut pas toujours arriver à un résultat évident du jour au lendemain mais ils sont très bien encadrés et c’est aussi un travail d’équipe avec les gens de la production. Je travaille beaucoup avec l’entraîneuse des acrobates.»

Avant même le début des répétitions, une évaluation complète est faite de chacun des interprètes, incluant les danseurs. Et si, en cours de route, on détecte un problème qui dépasse les prérogatives d’un physiothérapeute, on peut compter sur la disponibilité d’un médecin pour établir un diagnostic. «C’est un des avantages de présenter le spectacle ici à Trois-Rivières. On peut trouver facilement les ressources nécessaires et la collaboration est vraiment excellente avec le milieu.»

Habitué de côtoyer des humains aux capacités physiques exceptionnelles, Julien Lamy n’en est pas moins impressionné par ce qu’il voit des artistes du Cirque. «Ils m’impressionnent toujours autant: ce qu’ils font est carrément incroyable. C’est surtout lors des entraînements qu’on peut voir l’étendue de leurs capacités. Bien sûr, certains ont des caractéristiques physiologiques un peu particulières mais dans la majorité du temps, leurs exploits tiennent à leur entraînement très rigoureux, comme des athlètes de haut niveau. Leur endurance est très impressionnante et le développement spécifique de certains en fonction de leur spécialité est vraiment étonnant.»

Curieusement, c’est rarement au terme des représentations que les artistes requièrent ses services. «Ils sont en contrôle dans les spectacles. C’est plus lors des entraînements qu’ils poussent davantage la machine. Et encore, le plus souvent, j’interviens légèrement pour le maintien de leur santé.»

Un des volets les plus exaltants pour le spécialiste dans le contexte très spécifique du spectacle de cirque, c’est qu’il peut travailler avec les artistes athlètes pour améliorer leurs façons de faire de façon à rendre les mouvements plus efficaces. «J’ai parfois l’occasion d’étudier avec eux quels petits changements ils peuvent apporter à certains mouvements pour qu’ils deviennent moins stressants pour le corps et éviter certaines blessures. Ça, c’est quelque chose d’assez unique que je ne pourrais pas acquérir dans d’autres circonstances et ça fait de moi un meilleur physiothérapeute, en bout de ligne.»