Ines Talbi est à l’origine du projet La Renarde, sur les traces de Pauline Julien qui prend la double forme d’un album qui sort le 8 février et d’un spectacle qui sera présenté à la salle Thompson le 24 février.

Anniversaire des 20 ans du décès de Pauline Julien: ranimer la flamme

TROIS-RIVIÈRES — L’anniversaire des 20 ans du décès de Pauline Julien génère plus que de l’intérêt à l’égard de l’artiste qu’elle a été: il a fait naître des œuvres d’art en hommage à la Trifluvienne au nombre desquelles il faut inclure un album et un spectacle sur scène intitulé La Renarde, sur les traces de Pauline Julien qui sera présenté le 24 février à la salle Thompson.

Le projet a tout d’abord pris la forme d’un spectacle présenté dans le cadre des Francofolies en juin 2018. Ines Talbi, qui en assurait la mise en scène, avait réuni plusieurs artistes actuelles pour interpréter chansons et écrits de la passionaria. Le spectacle a justifié l’enregistrement d’un album, histoire de graver sur des disques physiques et dans la matière numérique ce legs important. Il sort officiellement le 8 février. «Il nous est apparu essentiel de s’assurer de conserver le souvenir de Pauline Julien, dit la metteure en scène. À ce titre, on trouve que l’album est une œuvre importante.»

Si importante, en fait, que le spectacle a pris son propre envol pour une tournée québécoise. «Pour moi, la rencontre artistique avec Pauline Julien a été très importante et surtout très inspirante. Ça m’a marquée et j’ai profondément senti la nécessité de faire revivre sa parole et sa musique. Depuis son décès, elle a été passablement oubliée et je me suis aperçue que c’était comme si nous étions en train d’oublier nos propres racines. Surtout que son œuvre est toujours d’une très grande pertinence.»

«Elle a pris la parole aussi bien en tant que femme, qu’en tant que citoyenne ou comme artiste sur scène. Elle était animée d’un feu qui a toujours un pouvoir aujourd’hui. Ça fait du bien de retrouver un être aussi vivant et tellement ancré dans l’urgence.»

Ines Talbi a cherché des artistes actuelles qui pourraient interpréter Pauline Julien en relançant la pertinence de son œuvre. «J’ai vraiment effectué une réflexion intense pour trouver des artistes qui auraient été susceptibles d’écrire ses chansons aujourd’hui. Chacune d’elles offre une voix et une énergie scénique qui correspondent très étroitement aux chansons que je leur ai confiées.»

Le projet implique des lectures de lettres sorties de la correspondance entre la chanteuse et Gérald Godin ainsi que des chansons. Elle a confié le premier volet à Louise Latraverse. Pour le second, on retrouve Ines Talbi elle-même, Fanny Bloom, Isabelle Blais, Queen Ka, Amélie Mandeville, Klô Pelgag, Erika Angell, Frannie Holder, Sophie Cadieux, France Castel et Émilie Bibeau. Elles sont accompagnées par les musiciennes Émilie Reid et Laurie Torres. Martin Léon s’est associé à Ines Talbi dans la réalisation de l’album.

Pour ce qui est des chansons sélectionnées, mentionnons quelques titres: L’âme à la tendresse, Mommy, Le plus beau voyage, L’étranger, La Manic, Une sorcière comme les autres. En tout, seize plages alors que le spectacle de 90 minutes comptera une douzaine de chansons de plus que ne compte l’album.

On devine que le choix des pièces a été un casse-tête. Ines Talbi dit «déchirements». «Au départ, j’en avais pour cinq heures de spectacle, blague-t-elle à moitié. J’ai élagué en donnant priorité aux propres textes de Pauline Julien et à ses plus grands coups de cœur. Pour l’album, j’ai poussé le processus plus avant en cherchant à ce qu’il raconte une histoire en soi. Bien que je sois très satisfaite du disque, il reste que pour moi, c’est sur la scène que le projet trouve sa forme la plus achevée. C’est un spectacle qui rend bien la force des mots, de l’émotion et de l’œuvre qu’a laissée Pauline Julien.»

«Ce que j’ai senti beaucoup quand il a été présenté à Montréal, c’est que les gens sont sortis de la salle avec une sorte d’énergie créatrice, l’envie de construire quelque chose. Je pense que ça fait du bien de voir un spectacle comme celui-là qui rallume la flamme intérieure de chacun. Ce n’est pas élitiste et je pense qu’il va plaire autant à ceux qui se souviennent d’elle qu’à ceux qui ne la connaissent pas parce qu’on ne reprend pas ses chansons à l’identique: on les redessine complètement dans toute leur richesse.»

On ne peut que proposer au public de consulter également l’excellent documentaire de l’ONF Pauline Julien, intime et politique qui offre un portrait assez extraordinaire de cette femme hors du commun.

«Ce sont deux entités distinctes, le documentaire et le spectacle, mais ils sont complémentaires, affirme Ines Talbi. Je ne sais pas lequel des deux il est préférable de voir en premier, mais je souhaite que les gens les voient tous deux. Ils donnent envie d’en connaître davantage sur Pauline Julien.»