Le public trifluvien est désormais familier avec l’excellence du travail de Rick Hughes, à gauche et de Pascal Dufour qui se retrouvent cet été pour faire revivre les années Woodstock à la salle Thompson.

American Story Show 2: machine à voyager dans le temps

TROIS-RIVIÈRES — Il n’y avait évidemment pas 500 000 spectateurs, personne pour se vautrer dans la boue et pas de femmes dansant seins nus sous la pluie vendredi soir à la salle Thompson mais American Story Show 2. Les années Woodstock fait de son mieux pour qu’on recule 50 ans en arrière et qu’on se sente dans l’esprit du mythique événement.

La première du spectacle qui tiendra l’affiche pendant tout le mois d’août à raison de trois représentations par semaine aura offert un petit suspense aux organisateurs lorsqu’une alerte pour une fuite de gaz mineure a amené les pompiers à l’entrée de la salle Thompson pour effectuer les vérifications d’usage. Quinze minutes avant le début du spectacle, tout était cependant en ordre et le début de la représentation a été retardé d’une dizaine de minutes.

Les producteurs ont assurément fait les choses en grand avec le tapis rouge sur l’esplanade de l’hôtel de ville pour les nombreux invités, la décoration élaborée du foyer de la salle, les nombreux produits dérivés offerts, etc. La plus belle surprise a cependant été la présence dans la salle du grand artiste américain Elliott Landy, photographe attitré du festival Woodstock de 1969. Il a été présenté au public qui lui a offert une chaleureuse ovation avant la représentation. Il a répondu par le V de l’index et du majeur, signe universel de la paix et le symbole incontournable de ce spectacle trifluvien.

Il y a une différence fondamentale entre ce nouveau spectacle estival et le Britishow qui l’a précédé en ceci qu’on n’offre pas une succession frénétique d’extraits de grands succès cette fois-ci mais une vingtaine d’interprétations de chansons presque toutes présentées intégralement. La formule a l’avantage sur la première d’éviter la frustration du spectateur quand on ne présente que quelques mesures d’une chanson qu’il aime beaucoup. On l’a clairement constaté vendredi pour Zombie, des Cranberries, tirée du festival organisé pour souligner l’anniversaire des 25 ans de Woodstock en 1994, une chanson qui a provoqué tout du long plusieurs réactions de satisfaction de la part du public et une ovation debout à son terme.

Une fuite de gaz est survenue à la salle J.-Antonio-Thompson, vendredi soir, juste avant la première du spectacle American Story 2 - Les années Woodstock.

Cela dit, comme rien n’est parfait, le rythme du spectacle est ralenti et on doit écouter au complet les chansons qui nous plaisent moins ou qui sont moins réussies. Est-ce que cela mine le spectacle? Pas du tout. American Story Show 2. Les années Woodstock constitue un excellent divertissement qui profite de l’expérience de ses producteurs qui n’ont pas lésiné pour créer une mise en scène élaborée et pertinente.

D’accord, le public ne va pas en salle comme en classe mais chaque chanson est identifiée sur un écran géant et accompagnée d’informations nombreuses sur le contexte de sa présentation dans l’un ou l’autre des trois festivals Woodstock évoqués puisqu’on a aussi tiré des chansons de la commémoration des trente ans de l’événement, en 1999. Ça offre une variété dans le répertoire, histoire de plaire à un plus large public que les seuls baby-boomers mais ça a le désavantage de briser la cohérence de la plongée dans les années 60 qu’on a mis beaucoup de soin à recréer. Rien n’est parfait, disions-nous plus tôt...

Accompagnés par quatre musiciens, trois interprètes se partagent le micro: Miriam Baghdassarian, Pascal Dufour et Rick Hughes. On connaît les deux derniers mais la première s’avère une révélation. En première partie du spectacle, plus particulièrement, alors qu’elle est renversante dans son interprétation habitée de Zombie et de You Oughta Know, d’Alanis Morissette, deux chansons qui se marient à la perfection à son énergie. En ce qui me concerne, je l’ai trouvée moins bonne en seconde partie. Il faut dire qu’elle s’attaque au défi casse-gueule de reprendre l’interprétation de l’inimitable Janis Joplin de Summertime. Par la suite, elle aborde de façon un peu trop exaltée à mon sens Like I Do, de Melissa Etheridge et Somebody to Love de Jefferson Airplane. Elle demeure une interprète absolument exceptionnelle qui devra simplement doser son énergie en fonction des chansons qu’elle aborde.

À côté d’elle, Rick Hughes demeure cet interprète impeccable qui semble tout aborder avec une déconcertante facilité grâce à ses remarquables moyens vocaux et son charisme. Pascal Dufour n’a pas le charisme de son compagnon de scène mais se montre un solide interprète vocal et un guitariste de très fort calibre.

Comme dans pratiquement toute première, celle de vendredi a été marquée par de petits accrocs (les problèmes d’oreillettes de Miriam) et des maladresses (la chorégraphie pas tout à fait au point sur Sledgehammer de Peter Gabriel) mais elle a aussi apporté des moments bénis comme la présentation par Rick Hughes de sa sœur Lulu, atteinte d’une récidive de cancer et à qui il a dédié With a Little Help from My Friends à la façon de Joe Cocker sous l’ovation debout du public ému.

Les producteurs sont fidèles à leur promesse et offrent un voyage dans le temps très bien mené qui devrait réjouir tous ceux pour qui Woodstock sonne comme un moment mythique de l’histoire de la musique.