Le pianiste Alain Lefèvre a livré une brillante interprétation du Concerto no 3 «Romantique» d'André Mathieu samedi lors du concert inaugural de l'OSTR.

Alain Lefèvre le fougueux

La 40e saison de l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières a été inaugurée en force samedi avec l'éclatante interprétation du Concerto romantique d'André Mathieu par le brillant pianiste Alain Lefèvre.
L'épithète «fougue» émane d'Alain Lefèvre le musicien, mais d'Alain Lefèvre l'homme, aussi. Et les deux, l'homme et le musicien, se confondent dans une personnalité passionnée, entière et authentique qui inspire le respect.
Alain Lefèvre profite de toutes les tribunes qui lui sont offertes pour diffuser son plaidoyer en faveur d'un patriotisme culturel qu'il considère sous-développé au Québec. Cet ardent promoteur du compositeur André Mathieu a consacré plus de trois décennies à réhabiliter l'oeuvre de ce créateur mort dans l'oubli en 1968.
En entrevue préconcert samedi à la salle J.-Antonio-Thompson, le grand pianiste québécois a une fois de plus vanté le génie d'André Mathieu. 
Dans sa croisade, Alain Lefèvre s'est entouré de collaborateurs dont les chefs d'orchestre Gilles Bellemare (chef émérite de l'OSTR) et Jacques Marchand (chef de l'Orchestre symphonique de l'Abitibi-Témiscamingue) pour ressusciter certains concerts d'André Mathieu en en récupérant les bribes et en orchestrant le tout.
Alain Lefèvre, qui maîtrise depuis l'enfance un vaste répertoire, ne comprend pas pourquoi les Québécois ne sont pas aussi fiers du legs d'André Mathieu qu'ils devraient l'être, et dénonce ce qu'il perçoit comme un manque de patriotisme envers les créateurs québécois.
La fougue de cette prise de position, samedi, devant le public de l'OSTR, s'est transposée dans son interprétation magistrale du Concerto no 3 «Romantique» de Mathieu, joué pour la première fois au Québec dans sa version réhabilitée par Alain Lefèvre et Jacques Marchand.
Le concerto est en soi superbe, mais on se demande, en le découvrant à travers Alain Lefèvre, si l'oeuvre n'est pas en quelque sorte magnifiée par l'interprétation passionnée de ce dernier.
Alain Lefèvre est passé maître dans l'art d'alterner délicatesse et force, grâce et ardeur, mélancolie et puissance, dans une palette de nuances propre au style romantique duquel André Mathieu se réclamait.
Et que dire de ce concerto après s'être étonné, bouche bée, qu'il ait été composé par Mathieu à l'âge de 12 ans (certains disent 14, mais tout de même!)? L'oeuvre se révèle mélodieuse, bien structurée, liante, et il s'en dégage une invitation à y entrer. 
Mais encore une fois, est-ce la magie du talent d'Alain Lefèvre qui nous captive au point d'imaginer pénétrer virtuellement dans une oeuvre? Mystère, mais somme toute nous accordons tout notre respect au pianiste pour l'exploitation de son don artistique qui, par ricochet, fait rayonner celui d'André Mathieu.
Le concert inaugural de cette 40e saison de l'OSTR a été ouvert par trois préludes de Rodolphe Mathieu, le père d'André, dirigés par Thomas Le Duc-Moreau, élève du chef Jacques Lacombe.
En deuxième partie, Maestro Lacombe avait programmé le Concerto pour orchestre de Bartok. Avant de monter sur son podium, le chef a livré (un peu longuement) des clés d'interprétation de l'oeuvre, pour faciliter son appropriation par les spectateurs moins familiers avec le langage de Bartok.
Le chef a remis en contexte la création du compositeur hongrois exilé aux États-Unis au début de la Deuxième Guerre mondiale. Une de ses dernières oeuvres fut ce concerto, créé en décembre 1944, peu de temps avant sa mort. Comme l'a fait remarquer Jacques Lacombe, le Concerto pour orchestre de Bartok est teinté par les traumatismes de la guerre, mais aussi par les influences de la musique folklorique hongroise. 
Et de manière générale, on adhère à l'observation de Jacques Lacombe selon laquelle Bartok compte parmi les influences des compositeurs de musiques de films contemporains.