C’est encore dans les impressionnants numéros d’ensemble que les interprètes des Productions de la 42e Rue sont à leur meilleur dans le spectacle 100 % Broadway qu’ils présentent cette fin de semaine.

100 % Broadway: en phase avec leur temps

CRITIQUE / Les Productions de la 42e Rue ne s’encroûtent assurément pas et avec leur nouveau spectacle, 100 % Broadway, ils offrent notamment à leur public un petit aperçu de ce qui se passe présentement à Broadway. Rafraîchissante soirée devant une salle Anaïs-Allard-Rousseau pas tout à fait comble mais presque. Le spectacle sera repris samedi soir ainsi que dimanche à 14 h.

En une vingtaine de numéros, d’inégales valeurs il est vrai, ils font un tour d’horizon qui devrait plaire à un vaste public à cause de la variété des styles, des musiques, des thèmes. Difficile de pointer le meilleur numéro de la soirée mais on peut dire que les deux extraits de Hamilton constituent certainement des moments excitants. Pas simplement parce que les numéros sont bien rendus mais parce qu’ils nous ouvrent une porte sur l’évolution actuelle de Broadway. Le rap y a désormais sa place et même si cela peut sembler étonnant, il remplit parfaitement son mandat de divertissement tout en offrant la plus-value d’un contenu qui grince et frappe assez fort.

Alexander Hamilton et Yorktown, les deux numéros qui se succèdent pour ouvrir la seconde partie de 100 % Broadway donnent l’impression que les Productions de la 42e Rue remplissent mieux que jamais leur propre mandat qui était d’amener Broadway à Trois-Rivières. Qu’on puisse voir des numéros, ramenés bien sûr à des proportions moindres, qui sont les actuels coups de cœur du public new-yorkais est vraiment réjouissant. Il m’a même semblé que les interprètes en étaient conscients et qu’ils étaient un tantinet plus fébriles pour ces deux prestations.

Autre coup de cœur de ce collage, celui qui termine la première partie: Stronger tiré de Finding Neverland qui brille essentiellement par sa mise en scène absolument superbe. L’interprétation convenue de Philippe Champagne n’arrive pas à se démarquer de la beauté du tableau.

C’est d’ailleurs là un autre élément que je retiens personnellement de ce spectacle: il semble marquer un moment dans la vie de la troupe alors que de plus jeunes interprètes semblent vouloir donner une nouvelle voix aux Productions de la 42e Rue. Encore une fois, Anthonny Leclerc domine d’une bonne tête toute la distribution. Il possède à un niveau surprenant les codes du genre qu’il utilise avec énormément d’aplomb. Il semble avoir été formé pour la comédie musicale et brille, littéralement. Il n’est pas le chanteur le plus impressionnant mais joue admirablement et est surtout très juste. C’est le meilleur, point final.

Notre consœur Paule Vermot-Desroches fait aussi montre d’un excellent niveau. Elle est notamment impeccable dans Sit Down, You’re Rocking the Boat. Ce sont d’ailleurs sans doute les numéros d’ensemble qui sont les meilleurs du spectacle, ceux où les Productions de la 42e Rue sont à leur sommet. On pense forcément à I Got You qui clôt avec énormément d’entrain la représentation.

Les Trifluviens sont, comme toujours, particulièrement efficaces dans les numéros humoristiques. William Lévesque a ce don, à la mise en scène, de trouver les astuces qui font mouche. Le tout début de 100 % Broadway est particulièrement intelligent et réussi pour amener le numéro initial autoréférentiel A Musical. Autre numéro assez hilarant tiré de Something Rotten, Will Power propose une version de William Shakespeare en superstar moderne. Très drôle.

La grosse faiblesse de la formule du collage, c’est qu’il est très difficile d’établir une émotion et un contexte en quelques courtes minutes. On comprend que le tout relève de l’exploit athlétique pour les interprètes, et la mise en scène est souvent habile à évoquer des atmosphères en très peu d’accessoires, mais ça fait un spectacle hachuré et en montagnes russes.

Dans les solos qui viennent donner un certain répit, on retient l’interprétation subtile et très bien sentie de Roxanne Leclerc dans Quiet tiré de Matilda. On peut dire la même chose de Marie-France Masson, toute en douceur sensible pour So Big, So Small (Dear Evan Hansen). À ce titre, les deux supplantent une pionnière de la troupe, Manon Carrier, dont la technique impressionnante n’arrive pas à véhiculer l’émotion nécessaire dans Gimme Gimme.

Les Productions de la 42e Rue nous ont habitués, au fil des ans, à un niveau de qualité constant et élevé qui les amène aujourd’hui à relever des défis plus grands encore. Ce qui est le plus réjouissant, c’est qu’on sent un renouvellement au sein même de la troupe qui augure bien pour les productions et les défis à venir.