Rollande Lambert, Luc Martel, Brian Thibodeau et Guillaume Cholette-Janson forment une partie de la distribution de Yonkers présenté par le Théâtre des gens de la place.

Yonkers, un beau cadeau du TGP

C'est vraiment une jolie pièce que le Théâtre des Gens de la place a choisi pour sa nouvelle production. Yonkers, de Neil Simon, est une pièce qui nous enveloppe tranquillement dans son atmosphère et qui se savoure lentement, à la manière d'un chocolat chaud par un soir de décembre.
C'est mon confrère journaliste, le metteur en scène Martin Francoeur qui souhaitait la présenter depuis belle lurette. À la sortie de la salle Anaïs-Allard-Rousseau jeudi soir, on comprenait bien pourquoi, d'autant plus en regardant les spectateurs ressortir avec un sourire collé au visage. C'était après une chaleureuse ovation adressée à une distribution toutes étoiles.
 
D'ailleurs ce soir-là, on ne serait pas cru à une première. Déjà, la production était rodée au quart de tour, le rythme avait trouvé sa juste place et aucune trace de nervosité ne se laissait voir. À la Maison de la culture, tous les éléments étaient réunis pour charmer le public. De la finesse dans le jeu, une trame psychologique cohérente et pertinente et beaucoup d'humour pour alléger le drame.
Elles sont rares les productions qui peuvent capter notre intérêt trois heures durant, sans véritables longueurs. Seule l'entrée en matière peut s'avérer longuette, le temps de bien nous présenter les personnages et de situer leur univers, mais la suite nous le rend bien.
On se retrouve en 1942 à Yonkers, New York, où habite grand-maman Kurnitz, une vieille dame faite d'acier, qui a élevé ses enfants à la dure, incluant quelques relents de cruauté. C'est néanmoins chez elle que son fils se pointera avec ses propres fils de 13 et 15 ans, lui demandant de les garder pendant près d'un an. C'est le temps qu'il lui faut pour aller gagner, à l'extérieur, la somme qui lui permettra de rembourser les frais d'hospitalisation de sa femme décédée. Son idée sèmera évidemment la terreur chez les garçons.
Ce sont ces dix mois au sein de cette famille superbement dysfonctionnelle que l'on traversera, face à un clan où les liens d'affection se font rares mais où se croisent des personnages extraordinaires. Parmi eux se trouve notamment la tante Bella, 36 ans, qui vit toujours chez sa mère en raison d'un retard de développement.
La pièce est intelligente, magnifiquement écrite, les personnages y sont forts et le TGP réussit à honorer tout à fait leur complexité. C'est le cas notamment de Marie-Andrée Leduc, qui brûle littéralement les planches dans le costume de Bella. Splendide de candeur. On tombe rapidement sous le charme de ce personnage interprété avec un humour suave et une sensibilité drôlement touchante.
Or «Yonkers» colporte aussi une petite révélation exquise nommée Brian Thibodeau. Le jeune comédien de 13 ans brille sans fausse note dans le rôle du jeune Arty. Il est comique, attendrissant, il en fait juste assez sans tomber dans la surenchère et fait craquer les spectateurs du début à la fin. Un petit talent pur.
Même cohérence chez son frère Jay, interprété par un Guillaume Cholette-Janson qui évolue dans une parfaite retenue, avec une justesse qui ne flanche jamais. Mon seul bémol réside dans le fait qu'on a peine à croire qu'entre ces deux frères, il n'y a qu'une différence de deux ans.
Imposante et redoutable, Rollande Lambert offre de son côté une solide performance dans le rôle de la vieille dame. Boiterie, accent, elle porte ce personnage aussi habilement dans ses failles que dans ses regards acérés. Un roc. Quant à Émilie Jacob, elle est tout simplement tordante dans le petit rôle de la soeur Gert. Je ne vous en dis pas plus. Je vous laisse le plaisir de la découvrir. Enfin Luc Martel et David Gélinas maintiennent le niveau de jeu pour compléter cette distribution impressionnante.
Pour enrober cette pièce, on n'a pas lésiné sur les décors, austères et assez imposants pour circonscrire parfaitement l'univers où se joue l'action. La musique est bien dosée, adéquatement utilisée, des qualificatifs qui conviennent tout autant aux éclairages.
Pour sa toute première mise en scène, Martin Francoeur a opté pour un théâtre réaliste qui est avantagé par la mise en scène classique qu'il a adoptée. Le gros du travail se situait plutôt à la direction d'acteurs et, sur ce point, le résultat est impeccable.
C'est une pièce qui se regarde avec un sourire tout le long, et dont la montée dramatique en fin de soirée touche solidement le public. Restez alerte à la fin des applaudissements, pour un petit clin d'oeil de mise en scène qui se glissera jusque dans les saluts.
Est-il besoin de dire que je vous la recommande? Le TGP répétera le tout donc jeudi, vendredi et samedi à 20h.