Le comédien stéphanois Yan Rompré entreprend une grosse étape de sa carrière en signant la mise en scène de La Ménagerie de verre, de Tennessee Williams qui sera présentée au Théâtre Prospero, de Montréal, du 14 janvier au 1er février.

Yan Rompré assure la mise en scène de La ménagerie de verre

Depuis sa sortie de l'option théâtre du cégep Lionel-Groulx en 2003, le comédien Yan Rompré, originaire de Saint-Étienne-des-Grès, a été chanceux et a pu multiplier les expériences professionnelles. Il en aborde une nouvelle en assumant la mise en scène de la pièce La ménagerie de verre qui sera présentée au Théâtre Prospero, de Montréal, du 14 janvier au 1er février.
L'expérience est double puisqu'il s'agit de la toute première production de la nouvelle compagnie théâtrale que Rompré a fondée sous le nom de Tg_2.
«Il s'agit de ma quinzième production théâtrale en carrière et là, j'avais envie d'exprimer mes propres préoccupations; c'est pour ça que j'ai fondé ma compagnie. Ça faisait un an que c'était plus tranquille côté travail alors j'avais le temps de m'y consacrer.
C'est très prenant: il faut faire les recherches de financement, diriger la production, etc. C'est vraiment comme partir une entreprise. Ça me plaît parce que c'est un nouvel aspect que j'adore. Ça me fait du bien de faire quelque chose de très concret: c'est comme offrir un contrepoids au travail de comédien qui se situe beaucoup dans l'imaginaire. Ça me donne un équilibre.»
Pour ce qui est du choix du classique de Tennessee Williams comme première production, Rompré le justifie par son désir d'un texte fort. «C'est un texte très émotif qui parle de choses encore près des jeunes d'aujourd'hui. Il y est notamment question de s'affranchir de l'emprise émotionnelle des parents. Le lien familial est très prenant en même temps qu'il est fragile. Même nos proches peuvent nous mettre en danger. C'est un conflit très intéressant à jouer pour un acteur.»
Rompré a choisi Philippe Cousineau pour interpréter le personnage de Tom, le fils qui tente de s'affranchir pendant qu'il confiait à une ancienne camarade d'école, Enrica Boucher, le rôle de Laura, la jeune femme qui s'évade dans l'imaginaire que stimule sa ménagerie de verre. Pour le personnage contrôlant de la mère, il s'est tourné vers Dorothée Berryman qui avait, au tout début de sa carrière, interprété le rôle de Laura. Pour sa part, il incarnera Jim O'Conner, amour secret de Laura du temps de l'école secondaire.
«Je me suis reconnu en lui parce que, comme lui, j'ai toujours été très chanceux dans la vie même si je n'ai pas encore réalisé toutes mes ambitions. C'est sûr que ça prenait une équipe de virtuoses pour rendre un texte aussi dense. Dorothée Berryman m'a fait confiance et je l'en remercie. Elle vient boucler la boucle avec cette pièce qu'elle a interprétée en 1973. Quant à Enrica, c'est une actrice formidable à qui je voulais rendre justice en lui offrant un rôle à la mesure de son talent.»
«Pour moi, les humains sont ici les animaux de la ménagerie de verre de Laura. Ce sont eux la matière précieuse et pour qu'on sente leur prédominance, j'ai choisi un décor où les meubles sont plus petits que nature pour magnifier les individus. Malgré sa différence, sa timidité maladive et son repli dans son imaginaire, Laura est probablement la plus forte de tous les personnages: elle a sa propre vision du monde. Par contre, la pièce est présentée à travers les yeux de Tom, son frère. C'est sa vision des souvenirs qui est présentée. On entre dans sa tête. C'était une forme d'écriture audacieuse pour l'époque.»
Le jeune directeur de compagnie a l'impression de se mettre en danger en se lançant dans pareil projet.
«Je mets mon coeur sur la table: c'est ma vision que je présente. Je pense offrir une rencontre au public dans laquelle on va traiter de préoccupations qui sont encore actuelles. Le succès ne nous appartient pas puisque c'est le public qui va décider mais je suis très content de ce qu'on va offrir et pour moi, j'espère que ce sera la première de plusieurs autres mises en scène.»
Cela dit, le comédien planche aussi sur l'écriture d'un long-métrage avec l'aide de sa collègue Bénédicte Décary, projet qui nécessitera sa propre recherche de financement au cours des prochains mois.